[Pap-infos]Adresse au public de la Cie des Bourdons Farouches à Avignon

From : precairesassocies@... , the 11th July 2007 11:28
  • 2007-07-11 11:28:32 — precairesassocies@... - [Pap-infos]Adresse au public de la Cie des Bourdons Farouches à Avignon

Voici le texte que la Cie des Bourdons Farouches a décidé de glisser   dans les feuilles de salle de Machine sans cible, de Gildas Milin,   qui se joue au Festival d'Avignon. Trouvons encore et toujours des façons de faire et de dire. l'équipe de Machine sans cible. Vous êtes assis dans un siège, face à la scène ; vous  vous demandez pourquoi, nous intermittents, ne désarmons pas ? Ce que nous avons en commun ce soir, ce n’est pas uniquement un   spectacle, ni un combat pour que le spectacle ait lieu : c’est un   combat pour ce que seront nos vies - les nôtres comme les vôtres -   dans les années à venir. Nous le constatons : l’emploi précaire n’est plus aujourd’hui   l’apanage des professions artistiques. Aujourd’hui, chacun se doit   d’être disponible, flexible,  « investi dans le projet », susceptible   de travailler pour plusieurs employeurs, avec des contrats à durée   déterminée, pour des rémunérations variées. En un mot, beaucoup de   salariés sont ou seront invités à travailler par intermittence. C’est bien parce que les annexes 8 et 10 permettaient d’allier des   aléas professionnels inévitables avec des droits sociaux qu’elles ont   été démantelées par le Médef et la CFDT. Il s’agissait de mettre à   bas un système d’indemnisation du chômage mutualiste, qui avait pour   principal défaut de constituer un exemple pernicieux pour tous les   travailleurs précarisés. L’intermittence sans droits sociaux a un nom : c’est la précarité. Nous le disions : le protocole de 2003, dont la signature a entraîné   un mouvement de protestation sans précédent, a détruit ce modèle et   vidé de tout contenu le système de l’intermittence. Après trois ans   de débats, de grèves, d’annulations de festivals, d’interpellations   des ministres successifs, d’occupations, mais aussi d’expertises, de   propositions, de dialogues avec des élus, les mêmes gestionnaires de   l’Unedic qu’en 2003 signent en 2006 un copié-collé du document qui a   mis le feu aux poudres… Nous le répétons : l’application de ce nouveau protocole entraînera   l’exclusion d’un tiers d’entre nous du système, c’est-à-dire de 30 à   40 000 personnes. Ce dégraissage du secteur culturel bénéficiera   essentiellement à ceux qui travaillent le plus régulièrement et avec   les meilleurs salaires : ceux-là pourront continuer à accumuler   salaires et indemnités Assedic de luxe. Les autres, les plus   fragiles, ceux qui prennent le plus de risques, ceux qui ont le plus   besoin d’aide, seront invités à s’inscrire au RMI. Nous réclamons depuis des années une réforme des annexes 8 et 10   régissant le sort des intermittents. La Coordination des   Intermittents et Précaires a élaboré un Nouveau Modèle   d’indemnisation, plus juste, plus mutualiste, approprié à nos   pratiques d’emploi, et dont les principales lignes ont été reprises   par des syndicats et des parlementaires de tous partis, au sein du   Comité de suivi. Et pourtant, la discussion devant l’Assemblée   Nationale de la Proposition Parlementaire de Loi, qui en était   l’expression, a été interrompue par le président du groupe UMP par un   artifice de procédure, sans autre forme de procès… À quoi servent les instances démocratiques si la voix des intéressés,   des syndicats représentatifs, des élus ne parvient pas à se faire   entendre ? Où et quand nous ferons-nous entendre ? Le protocole signé le 18 avril 2006 par la CFDT et le Médef n’est pas   un système d’indemnisation du chômage des intermittents. C’est un   mécanisme pervers destiné à faire disparaître du champ social ceux   qu’on considère comme des « assistés », et à intimider ceux qui   restent par une politique de contrôle accru. Il faut savoir en effet,   que sous couvert de « lutte contre les abus », la CFDT a conditionné   sa signature de son accord avec le Médef à l’application d’un   contrôle accru des intermittents et des compagnies qui les emploient.   Ces contrôles font planer sur l’ensemble de nos activités un parfum   de suspicion, et pénalisent les plus ordinaires de nos pratiques. Dociles, à la merci d’un marché culturel livré à lui-même, isolés,   incapables de penser plus loin que nos 243 jours d’indemnisation,   voilà comment on nous veut. L’intermittence n’est pas un douteux privilège, et elle n’est plus   l’apanage du spectacle. Elle vous concerne autant que nous. Notre avenir sera la solidarité que nous inventerons ensemble. L’équipe de Machine sans cible.