[Pap-infos]RDDV PIRE QU’AILLAGON !?

From : dje.t@... , the 20th March 2005 17:06
  • 2005-03-20 17:06:25 — dje.t@... - [Pap-infos]RDDV PIRE QU’AILLAGON !?

Texte paru dans l'interluttant n°22 http://www.cip-idf.org/ RDDV PIRE QU’AILLAGON !? « - La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient  autre chose que ce qu'ils veulent dire. - La question, répondit Humpty-Dumpty est de savoir qui sera le maître. Un point c'est tout. » Avec son « Projet de protocole d’accord sur l’emploi dans le spectacle », le ministre de la culture  et de la communication opère, une nouvelle fois, un renversement remarquable de la formule  portée depuis un an et demi par les intermittents et précaires en lutte contre le la réforme de  leur assurance-chômage : « Pas de culture sans droits sociaux » devient sous sa plume « pas de  droits sociaux sans une mise à plat des politiques de l’emploi dans le secteur culturel ». Le voici qui rédige un « protocole » qui ne remet en rien en cause l’accord signé le 26 juin 2003  à l’UNEDIC. Gagné à notre vocabulaire à défaut d’intégrer nos idées, il invoque une  « mutualisation » (art. 2) sans prendre position contre le système de capitalisation en vigueur  depuis le 1er janvier 2004. Il en appelle à des « initiatives législatives » (sans plus de précisions)  de la part du Gouvernement, alors même qu’il refuse son soutien à la proposition de projet de loi  déposée le 2 mars par les parlementaires du Comité de Suivi de l’intermittence. Cette proposition  signée à ce jour par les groupes parlementaires PC, Verts, PS, UDF, ainsi que par 70 élus UMP,  instaure une date anniversaire fixe. Si elle était adoptée elle obligerait les partenaires sociaux  gestionnaires de l’UNEDIC à renégocier un accord sur cette base - ce qui ne relève de toute  évidence pas de la compétence du ministre. Des droits sociaux sous condition Le ministre aurait pu fort simplement avouer son impuissance à contraindre les partenaires  sociaux à revenir à la table des négociations, et proposer, à son échelle, un effort financier  conséquent pour favoriser l’activité - et notamment l’activité déclarée - dans le secteur culturel. Au lieu de cela, il annonce sans sourire et sans chiffrer que « L’Etat et les collectivités territoriales  s’engagent à maintenir et développer leur effort de financement en faveur de ce secteur  d’activité ». En contrepartie, le ministre promet, à l’instar des préconisations du rapport Guillot,  de faire le ménage grâce à des « contrôles », supposés « moraliser » l’économie du secteur. À la toute fin de son texte, le ministre envisage tout de même, assez mollement, de « demande[r]  aux partenaires sociaux interprofessionnels de confirmer, dans les négociations sur la  convention générale d’assurance chômage (...) leur engagement de définir un nouveau régime  d’assurance chômage des artistes et techniciens, d’en maintenir la spécificité et de l’inscrire dans  la solidarité interprofessionnelle ». Nous ne doutons pas du bon accueil, par le Medef et la CFDT, de cette politique du bâton assorti  de très peu de carotte. Rien ne nous laisse en effet penser qu’ils puissent trouver dans ce  pseudo-protocole des arguments susceptibles de les pousser à renégocier la convention UNEDIC  dans les conditions réclamées par les intermittents. La question des droits sociaux des salariés intermittents se trouve donc une fois de plus  conditionnée à un vaste projet de restructuration du secteur productif de la culture et du  spectacle. Bel oxymore : conditionner des droits collectifs, et formidable négation de ce qui fait  la spécificité des salariés intermittents : la discontinuité de l’emploi. Une culture sous contrôle Avec ce pseudo-protocole, le ministre prétend résoudre ce qu’il considère comme le cœur du  problème : l’UNEDIC aurait rempli pendant des années le rôle de subvention déguisée à l’activité  artistique dans ce pays. Nous ne le nions pas, mais doutons du fait qu’une nouvelle usine à gaz, vouée à une répartition  discrétionnaire des fonds publics, agisse aussi efficacement et équitablement - aussi bien en  termes de gestion de ces fonds qu’en termes de soutien à la création - qu’un organisme  dispensant des droits collectifs. D’abord parce que la rémunération des fonctionnaires affectés  aux contrôles promis sera autant qui n’ira pas dans la poche des artistes et des techniciens.  Ensuite parce qu’aucune politique culturelle n’a jamais su détecter les formes émergentes qui se  sont développées grâce à l’intermittence. Sur ce point, on peut s’effrayer des prérogatives des  équipes qui seraient mises en place par le ministère : commissions ectoplasmiques d’attribution  de licences d’entrepreneurs du spectacle, guichetiers distributeurs de tampons qui n’ont à coup  sûr aucune compétence à rendre le moindre jugement artistique. On dit qu’un singe qui tape à la  machine finit forcément un jour par écrire Notre Dame de Paris. Une politique culturelle qui se  décide avec ce type de critère finira forcément par subventionner un jour Molière. Il suffit d’être  patient. Tout à son entreprise de séparation d’on ne sait quelle ivraie et d’un improbable bon grain, le  ministre annonce que les subventions allouées aux structures qui emploient des intermittents  seraient soumises à l’exigence d’exciper d’un volume d’emploi conséquent (répétitions déjà  financées, emploi d’un salarié permanent...). On ne subventionnera plus un projet artistique, on  subventionnera un volume d’emploi. En l’absence de tout financement chiffré, le contrôle  bureaucratique sera, dans le projet ministériel, l’unique instrument de cette politique de  « régulation », déjà appelée par les voeux du rapport Latarjet. En termes d’emploi, il entraînera  avant tout l’embauche de nouveaux personnels administratifs, susceptibles de faire face aux  exigences des subventionneurs et de parer aux contrôles annoncés. Tout cela impliquera donc  une diminution mécanique des autres embauches dans les structures. Ce ne seront plus  seulement les Assedics qui excluront, mais aussi, les compagnies, les théâtres, les structures de  production qui auront survécu, en ayant recours à un geste simple : ne pas décrocher son  téléphone pour étudier tel projet, ne pas embaucher ceux qui ne sont pas déjà dans l’équipe. Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! On perçoit déjà les effets anticipés de ces directives. Deux exemples. Dans la politique menée  par la DRAC de la region PACA, (région pilote à cet égard), un tiers des renouvellements des  licences d’entrepreneurs du spectacle ont été refusées cette année. Dans l’audiovisuel public, la « moralisation du secteur » est à l’oeuvre depuis réception des  prérogatives du ministre fin 2004. Neuf mois plus tard, l’objectif affiché est atteint : le recours à  l’emploi des intermittents est quasi éradiqué. Problème, sur dix intermittents réguliers depuis  dix ans, trois en moyenne ont intégré France Television en CDI et sept ont perdu brutalement  leur emploi - et les droits afférents. Nous sommes bien face à un plan social d’ampleur, mais  sans préavis, sans négociation, sans aucune forme de compensation. Ainsi, comme son prédécesseur Aillagon, le ministre entend avec ce pseudo-protocole s’attaquer  à la multiplication ces vingt dernières années tant des intermittents que des compagnies et  autres structures indépendantes, sans aucun souci de ce que cet accroissement signifie en  termes de mutation de la société et du désir d’expression qu’il manifeste. Mais là où Aillagon s’était borné à laisser l’UNEDIC détruire les droits sociaux des intermittents,  son successeur va plus loin et prétend agir directement. Si ce pseudo-protocole était appliqué (et  on en perçoit déjà des prémisses zélées) ce serait la fin de milliers de compagnies et de  structures de production indépendantes et le début d’une nouvelle ère où la culture du prince  règnerait sur quelques lieux estampillés de l’excellence au milieu d’un désert culturel sans  subventions ni droits collectifs. *********************************************************** Prochain RDV de la Coordination des Intermittents et Précaires d'Ile de France :    MARDI 22 MARS 2005 Assemblée générale 18H30 : accueil en vue de l’AG  19h00 précises : Assemblée Générale JEUDI 24 MARS 2005 Journée d’information  et concert de soutien pour la CIP-IDF, au Studio de l’Ermitage 8 rue de l’Ermitage, 19e.   De 15h à 18 h : Information sur la Mayday Parade qui se déroulera le 1er mai à Paris    À 20h : Concert de soutien aux activités de la coordination (défense des 4 inculpés suite à  l’action à la Starac’, organisation du Mayday Au programme :  le Bringuebal -  Norbert Lucarain - Surnatural Orchestra Entrée : ce que vous voulez avec un minimum de 6€ (c’est un soutien financier aussi ... )