[Pap-infos]Pr é carit é s Chronique de l ¹ ins é curit é sociale

From : precairesassocies@... , the 16th March 2006 15:18
  • 2006-03-16 15:18:12 — precairesassocies@... - [Pap-infos]Pr é carit é s Chronique de l ¹ ins é curit é sociale

Précarités Chronique de l¹insécurité sociale http://www.mouvement.net/ Jean-Marc Adolphe Publié le 16-03-2006 Dès 2003, les intermittents faisaient entrer dans le vocabulaire militant la notion de précarité. Elle est aujourd¹hui au c¦ur de la question du travail, comme en témoigne le rejet du « Contrat première embauche ». La jeunesse doit être un âge ingrat. Voyez un peu. Nous avons un Premier ministre tellement dévoué à la grandeur de la France, tellement soucieux de l¹avenir des nouvelles générations que, sans s¹embarrasser d¹une concertation avec les syndicats, il a conçu le plan miraculeux qui allait sortir de la mouise les moins de 26 ans, leur donner un véritable horizon et les propulser à l¹assaut du « marché du travail ». Le Contrat Première Embauche, un véritable cadeauŠ Las, les étudiants, les jeunes travailleurs et les jeunes chômeurs, ont surtout flairé l¹arnaque. Dernier né dans la longue panoplie des emplois au rabais (TUC, SIVP, emplois-jeunes, etc.), le CPE focalise sur lui une banalisation de l¹insécurité sociale : visiblement, la perspective de s¹engager dans un boulot en sachant que pendant deux ans, votre employeur pourra à tout moment mettre fin au contrat sans avoir à se justifier, n¹a pas déclenché l¹enthousiasme qu¹escomptait Dominique de Villepin.  En manifestant contre le CPE, les « jeunes » ne rejettent pas seulement un cadre d¹employabilité qui les concerne directement. Ils analysent fort lucidement en quoi l¹instauration de ce Contrat Première Embauche constituerait un pas décisif dans le démantèlement du Code du Travail, réclamé à cor et à cris par la droite libérale. Pourtant, depuis des années, les mesures prises contribuent toutes à faire baisser le coût du travail, sans que cela n¹ait d¹incidence sur les courbes du chômage. Il serait peut-être temps de se poser certaines questions, plutôt que d¹empiler par strates successives des dispositions qui créent chaque fois davantage de précarité ! Là-dessus, les intermittents en connaissent un rayon. Aux côtés des syndicats (essentiellement la CGT), se sont-ils ainsi dotés, dès 2003, d¹une Coordination dite « des intermittents et précaires ». Façon de bien signifier que le combat des intermittents, confrontés à une sévère remise en cause de leur régime d¹assurance chômage, n¹est en rien un combat corporatiste ou catégoriel. Aussi « minoritaire » soit-elle, la question de l¹intermittence est en effet au c¦ur des mutations engagées sur le « marché du travail ». Ici-même, nous le répétons depuis plusieurs mois, le travail discontinu n¹est plus le seul apanage des professions artistiques et culturelles. La « mobilité » et la « flexibilité » sont devenus les dogmes d¹un libéralisme à tout crin, qui sous couvert de « mondialisation », fait pression sur les politiques publiques pour déréglementer la contractualisation du travail. En eux-mêmes, les mots de « mobilité » et de « flexibilité » devraient pourtant être attirants : ils témoignent de l¹aspiration à des modes de vie où l¹assujettissement au travail n¹occupe pas toute la place. En l¹espace de deux décennies, ils sont devenus les symboles honnis de l¹insécurité sociale. Cette évolution, pourtant, n¹était pas fatale, et il est encore temps de l¹infléchir ! Dans un rapport commandé pour le Ve plan sur « le travail dans 20 ans », publié en 1995, étaient avancées un certain nombre de suggestions et de préconisations pour que les transformations techniques et sociétales dans le rapport au travail ne se traduisent pas par un retour à la loi de la jungle. Le débat politique n¹a jamais été véritablement engagé sur les questions soulevées par ce rapport. Et cette politique de l¹autruche a laissé le champ libre au Medef pour avancer ses propres convictions en matière de « refondation sociale ». De son passage à Matignon, Jean-Pierre Raffarin (qu¹on ne saurait soupçonner d¹accointances gauchistes) confiait récemment que l¹un de ses plus mauvais souvenirs avait été l¹état des relations avec l¹organisation patronale. La leçon ne semble pas en avoir été tirée. Si Ernest-Antoine Seillière n¹est plus à la tête du Medef, le discours n¹a pas changé pour autant. Sa nouvelle présidente, Laurence Parisot, n¹a t-elle pas eu le culot de déclarer : « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » Le problème, c¹est que l¹opinion publique ne semble guère manifester d¹enthousiasme aux perspectives de la « refondation sociale » ! Mme Parisot, qui dirige un important institut de sondages, ne semble pas avoir vu venir la contestation étudiante et lycéenne à l¹encontre du Contrat Première EmbaucheŠ Dans le conflit des intermittents, enfin, le Medef reste obstinément arc-bouté sur le protocole du 26 juin 2003. Ni la contre-expertise conduite par la Coordination des intermittents et précaires, ni la volonté affichée par le comité de suivi parlementaire, ni même le souhait (purement incantatoire, semble t-il), du ministre de la Culture, de ré-ouvrir de véritables négociations, ne sont venus entamer la détermination patronale. Jusqu¹à présent, le gouvernement s¹est plié aux injonctions et menaces (lesquelles ?) du Medef. A l¹approche de la prochaine élection présidentielle, les manifestations de rue parviendront-elles à changer la donne ? Comme le disait Sénèque, « ce n¹est pas parce que les choses sont difficiles que nous n¹osons pas. C¹est parce que nous n¹osons pas qu¹elles semblent difficiles ». Jean-Marc Adolphe Publié le 16-03-2006