[Pap-infos] Abus et exception culturelle (Garlan in Libération)

From : yotogui@... , the 24th July 2003 15:47
  • 2003-07-24 15:47:20 — yotogui@... - [Pap-infos] Abus et exception culturelle (Garlan in Libération)

bonjour, ci-dessous, un point de vue patronal. après avoir raconté des conneries à Avignon, celui qui dans "Les abus et les aubaines du régime des intermittents", (LE MONDE | 22.07.03) déclarait : "Les abus viennent des mauvaises habitudes prises dans tous les secteurs", affirme Alain Garlan, directeur adjoint du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, président de la commission paritaire nationale emploi-formation du spectacle vivant et administrateur de l'association des employeurs de spectacle vivant en Europe (Pearle). ou  "C'est dans les petites compagnies de danse, de théâtre que les dérogations sont appliquées avec le plus de constance, affirme Alain Garlan. Il est devenu totalement habituel que les répétitions ne soient jamais payées par les employeurs, c'est l'assurance-chômage qui finance, et tout le monde trouve ça normal. L'abus est davantage dans ces milliers de sociétés que dans les 5 000 à 10 000 personnes employées dans les télévisions et les radios." vient d'être accueilli par Libé(?)Ration http://www.liberation.fr/page.php?Article=126685 Le système de l'intermittence ne sera sauvé que par un changement des mentalités. Des règles pour l'exception culturelle Par Alain GARLAN, jeudi 24 juillet 2003 Alain Garlan est directeur adjoint du théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (93). Il faut que l'Etat inscrive l'exception culturelle dans la loi et fixe les règles de chacun dans le financement de la culture. Le conflit des intermittents est l'occasion d'un déferlement de déclarations,  mais le point de vue des employeurs, pourtant central dans un conflit  social, n'a pas pu se faire entendre. En effet, le Medef, par la voix de M.  Seillière, s'est exprimé avec la brutalité qui lui est coutumière et qui ne  saurait traduire ni la complexité de la situation ni l'opinion de l'ensemble  des patrons français dont il ne représente qu'une infinitésimale partie. Pourtant, malgré une cacophonie idéologique où l'affrontement s'est substitué au dialogue, il va falloir trouver par la négociation d'autres solutions que la fuite en avant. Il serait terrible qu'après avoir laissé les professionnels du spectacle brûler leurs icônes, on tente de sortir de cette crise sans qu'ils soient entendus. Il faut que leurs expériences soient prises en considération après des années de réformes bâclées, néfastes à l'exercice à la fois de leur art et de leurs métiers. Dans l'Exception et la règle, pièce didactique de Brecht, on voit l'injustice être la règle et, lors du procès, le verdict absoudre le criminel parce que le rapport de force lui est favorable. Avant d'engager un combat, on sait qu'il est utile de mesurer ses forces et celles de l'adversaire. Or, il faut bien considérer que l'analyse concrète du contexte politique et social du conflit des intermittents, qui dure depuis maintenant onze ans, est aujourd'hui défavorable au soulèvement que les accords du 26 juin ont provoqué et semble devoir le condamner inéluctablement à l'échec syndical sinon politique. Le gouvernement, légitimé par les dernières législatives, conduit les réformes qu'il considère indispensables. Il le fait avec une détermination que renforce un calendrier politique favorable, mais pour obtenir l'adhésion des électeurs, il lui faut l'accord des partenaires sociaux. Malheureusement, les deux grandes confédérations de salariés ont des stratégies diamétralement opposées alors que la crise de la représentation syndicale devrait les pousser à l'union. L'encadrement des conflits en est grandement fragilisé. L'Etat, les collectivités publiques, les entreprises et les salariés ont fait un usage abusif de la solidarité interprofessionnelle. En vingt ans, le système d'indemnisation chômage des salariés du spectacle et de l'audiovisuel s'est substitué aux autres mécanismes de régulation salariale, transformant l'Unedic en producteur occulte et creusant un déficit inacceptable. Le protocole d'accord signé par les partenaires sociaux et modifiant le fonctionnement des annexes 8 et 10 de l'Unedic va être agréé (par le gouvernement, ndlr). C'est le spectacle vivant, où l'on compte deux tiers des allocataires, qui sera le plus ébranlé. Ceci suffit à expliquer le flot d'angoisses qui a porté le mouvement à son paroxysme dans les festivals et provoqué le désastre artistique de leurs sabordements successifs. Les règles du nouveau protocole vont imposer de lourdes restructurations à un secteur devenu essentiel pour l'avenir économique de la France. Dans ce contexte, les entreprises publiques et privées du spectacle vivant vont toutes avoir un immense besoin de soutien sous forme de mécanismes d'accompagnement et de financements nouveaux. Pour continuer à créer des emplois, ce ne sont pas des sanctions que les professionnels demandent mais de nouvelles règles pour conforter l'exception et développer leurs activités sur des bases pérennes. A l'exemple des rédacteurs de la Constitution européenne, il faut que les représentants de la nation inscrivent l'exception culturelle dans la loi française et fixent les règles et les responsabilités de chacun dans le financement de la culture. Ils éviteront ainsi aux intermittents l'humiliation d'un combat sans issue en concluant leur lutte par une victoire durable pour l'art et la culture, et rendront aux artistes et aux techniciens qui les accompagnent une fierté que l'annulation des spectacles leur a fait perdre. Le ministre de la Culture, afin que la réforme qu'il va engager et que nous souhaitons tous ne reçoive pas le même accueil que celle des annexes, doit y associer sincèrement artistes et professionnels à travers leurs organisations représentatives. Il serait cette fois insupportable que des courtisans puissent imposer les solutions que leur narcissisme inspire. La réforme doit se faire dans le contexte de la décentralisation en France, de l'élargissement en Europe et de l'avènement d'économies nouvelles dans le monde. Elle doit repenser totalement le réseau public du théâtre sur la base de l'offre artistique qui est seule à pouvoir durablement convaincre le public. La réforme doit nous doter d'outils nouveaux pour promouvoir la diversité des langues et des cultures, non d'un point de vue patrimonial, mais dans le but de la création. Seul l'artiste peut légitimer la politique culturelle publique. Sur le plan social, la réforme doit traiter les problèmes cruciaux : celui de l'emploi artistique avec les formations, les carrières et les reconversions ; celui du chômage en corrigeant avant leurs mises en oeuvre les aberrations néfastes des nouvelles annexes, afin que le dossier de l'intermittence ne polarise plus toutes les énergies et ne retarde plus la résolution des problèmes structurels ; celui des précarités qui n'est pas celui de l'emploi et qui doit faire l'objet d'un dispositif particulier. Les nouvelles règles de l'intermittence ont pour but de combattre les pratiques calamiteuses et les usages frauduleux d'un système généreux mais imparfait et sclérosé. Elles y réussiront seulement si la crise se conclut par une profonde transformation des modes de production et des mentalités. On pourra alors enfin aborder sereinement l'avenir.