[Pap-infos] "COMMENT FAIRE  ?" Tiqqun 2, octobre 2001

From : yotogui@... , the 27th March 2004 10:27
  • 2004-03-27 10:27:24 — yotogui@... - [Pap-infos] "COMMENT FAIRE  ?" Tiqqun 2, octobre 2001

Déplacement et renversement du "Que faire ?" L'alternative ? casemate du militant chiant, (mille ?) chemin (s) vers la clairière de la communauté. Hybride, la réponse. Késaco ? : le negrisme existe ; ses disciples, pris dans l'économisme marxiste, configurés qu'ils sont par les travestissements de la représentation politique, leur dogmatisme falsificateur, l'opportunisme et l'appétit de (l'illusion du) pouvoir qui les meut, ont, depuis toujours, abandonné l'arme de la critique. Lire la page pour la tourner. Kaddish pour enfance morte, et vieillerie vieillisante. Morbidité. Tiqqun ? La relève !! Dans l'attention de l'attente. Et cette relève, elle aussi, vacille. Comme c'est étrange. Le poids des armes, le pli qu'elles créent ; chacune le sien. Éduquer les éducateurs ? Désensaigner les apprentis ! Détour d'une pose avant-gardiste (encore, le retour au port de l'autorité, ici anonymisée ?) ; résultats "littéraires", effets incertains. Vous goûterez ci-dessous un fruit au parfum de nostalgie cohésive. Par(t)i, imaginaire, contre le parti réel qui arrache celui ci à l'indicible ("la communauté terrible"): fabrique du mythe concret, trouer l'abstraction de la représentation d'une obscure échappée. L'intelligence est nostalgie de l'avenir ? nostalgie des devenirs enfouis sous les défaites... Fondation, dans et contre l'Empire. Le dehors est revenu ? (et le revenu nous met proprement hors de nous ! tiqqunneurs, donc tendance Groucho, centralité Europe de fait : nous ne serons pas membre de ce club au matérialisme vulgaire ! Alors, précision chirurgicale et mauvaise foi. Tout est bon. C'est mignon comme un printemps guerre du feu (printemps 35mm + 3 = P38, on rigole, le virilisme toujours là, indépassable), triste et drôle comme le ressassement. Comme une blague, c'est (trop) court mais c'est bon. c'est sur http://infokiosques.net/imprimersans.php3?id_article=127 la version téléchargeable en pdf est plus authentique que l'amas de signes que permet ici le mel pur Communism as usual ? Chaque jour travailleurs du dimanche.  Once again. ciao, lg ------------------ COMMENT FAIRE ?   Première publication : octobre 2001 Mise en ligne : 22 mars 2004 par Tiqqun  Dont¹t know what I want, but I know how to get it. Sex Pistols Anarchy in the UK  I VINGT ANS. Vingt ans de contre-révolution. De contre-révolution préventive. En Italie. Et ailleurs. Vingt ans d¹un sommeil hérissé de grillages, peuplé de vigiles. D¹un sommeil des corps, imposé par couvre-feu. Vingt ans. Le passé ne passe pas. Parce que la guerre continue. Se ramifie. Se prolonge. Dans une réticulation mondiale de dispositifs locaux. Dans un calibrage inédit des subjectivités. Dans une nouvelle paix de surface. Une paix armée Bien faite pour couvrir le déroulement d¹une imperceptible guerre civile.  Il y a vingt ans, c¹était le punk, le mouvement de 77, l¹aire de l¹Autonomie, les Indiens métropolitains et la guérilla diffuse. D¹un coup surgissait, comme issu de quelque région souterraine de la civilisation, tout un contre-monde de subjectivités qui ne voulaient plus consommer, qui ne voulaient plus produire, qui ne voulaient même plus être des subjectivités. La révolution était moléculaire, la contre-révolution ne le fut pas moins. ON disposa offensivement, puis durablement, toute une complexe machine à neutraliser ce qui est porteur d¹intensité. Une machine à désamorcer tout ce qui pourrait exploser. Tout les individus à risque, les corps indociles, les agrégations humaines autonomes, Puis ce furent vingt ans de bêtise, de vulgarité, d¹isolement et de désolation. Comment faire ?  Se relever. Relever la tête. Par choix ou par nécessité. Peu importe, vraiment, désormais. Se regarder dans les yeux et se dire qu¹on recommence. Que tout le monde la sache, au plus vite. On recommence. Finis la résistance passive, l¹exil intérieur, le conflit par soustraction, la survie. On recommence. En vingt ans, on a eu le temps de voir. On a compris. La démokratie pour tous, la lutte « anti-terroriste », les massacres d¹Etat, la restructuration capitaliste et son Grand ‘uvre d¹épuration sociale, par sélection, par précarisation, par normalisation, par « modernisation », On a vu, on a compris. Les méthodes et les buts. Le destin qu¹ON nous réserve. Celui qu¹ON nous refuse. L¹état d¹exception. Les lois qui mettent la police, l¹administration, la magistrature au-dessus des lois. La judiciarisation, la psychiatrie, la médicalisation de tout ce qui sort du cadre. De tout ce qui fuit. On a vu. On a compris. Les méthodes et les buts. Quand le pouvoir établit en temps réel sa propre légitimité, quand sa violence devient préventive et que son droit est un « droit d¹ingérence », alors il ne sert plus à rien d¹avoir raison. D¹avoir raison contre lui. Il faut être plus fort, ou plus rusé. C¹est pour ça aussi qu¹on recommence. Recommencer n¹est jamais recommencer quelque chose. Ni reprendre une affaire là où on l¹avait laissée. Ce que l¹on recommence est toujours autre chose. Est toujours inouï. Parce que ce n¹est pas le passé qui nous pousse, mais précisément ce qui en lui  n¹est pas advenu. Et parce que c¹est aussi bien nous-mêmes, alors qui recommençons. Recommencer veut dire : sortir de la suspension. Rétablir le contact entre nos devenirs. Partir, à nouveau, de là où nous sommes, maintenant. Par exemple, il y a des coups qu¹ON ne nous fera plus. Le coup de « la société ». À transformer. A détruire. A rendre meilleure. Le coup du pacte social. Que certains briseraient tandis que les autres peuvent feindre de le « restaurer ». Ces coups-là, ON ne nous les fera plus, Il faut être un élément militant de la petite-bourgeoisie planétaire, un citoyen vraiment Pour ne pas voir qu¹elle n¹existe plus, La société. Qu¹elle a implosé. Qu¹elle n¹est plus qu¹un argument pour la terreur de ceux qui disent la re/présenter. Elle qui s¹est absentée. Tout ce qui est social nous est devenu étranger. Nous nous considérons comme absolument déliés de toute obligation, de toute prérogative, de toute appartenance sociales. « la société »,  c¹est le nom qu¹a souvent reçu l¹Irréparable parmi ceux qui voulaient aussi en faire l¹Inassumable. Qui se refuse à ce leurre devra faire un pas d¹écart. Opérer un léger déplacement  d¹avec la commune logique de l¹Empire et de sa contestation, celle de la mobilisation, d¹avec leur commune temporalité, celle de l¹urgence. Recommencer veut dire : habiter cet écart. Assumer la schizophrénie capitaliste dans le sens d¹une croissante faculté de désubjectivation. Déserter tout en gardant les armes. Fuir imperceptiblement. Recommencer veut dire : rallier la sécession sociale, l¹opacité, entrer en démobilisation, soutirant aujourd¹hui à tel ou tel réseau impérial de production-consommation les moyens de vivre et de lutter pour, au moment choisi, le saborder. Nous parlons d¹une nouvelle guerre,  d¹une nouvelle guerre de partisans. Sans front ni uniforme, sans armée ni bataille décisive. Une guerre dont les foyers se déploient à l¹écart des flux marchands quoique branchés sur eux. Nous parlons d¹une guerre toute en latence. Qui a le temps. D¹une guerre de position. Qui se livre là où nous sommes. Au nom de personne. Au nom de notre existence même, qui n¹a pas de nom. Opérer ce léger déplacement. Ne plus craindre son temps. « Ne pas craindre soin temps est une question d¹espace ». Dans le squatt. Dans l¹orgie. Dans l¹émeute. Dans le train ou le village occupé. A la recherche, au milieu d¹inconnus, d¹une free party introuvable. Je fais l¹expérience de ce léger déplacement. L¹expérience de ma désubjectivation. Je deviens une singularité quelconque. Un jeu s¹insinue entre ma présence et tout l¹appareil de qualités qui me sont ordinairement attachées. Dans les yeux d¹un être qui, présent, veut m¹estimer pour ce que je suis, je savoure la déception, sa déception de me voir devenu si commun, si parfaitement  accessible. Dans les gestes d¹un autre, c¹est une inattendue complicité. Tout ce qui m¹isole comme sujet, comme corps doté d¹une configuration publique d¹attributs, je le sens fondre. Les corps s¹effrangent à leur limite. A leur limite, s¹indistinguent. Quartier suivant quartier, le quelconque ruine l¹équivalence. Et je parviens à une nudité nouvelle, à une nudité impropre, comme vêtue d¹amour. S¹évade-t-on jamais seul de la prison du Moi ? Dans le squatt. Dans l¹orgie. Dans l¹émeute. Dans le train ou le village occupé. Nous nous retrouvons. Nous nous retrouvons en singularités quelconques. C¹est-à-dire non sur la base d¹une commune appartenance, mais d¹une commune présence. C¹est cela notre besoin de communisme. Le besoin d¹espaces de nuit, où nous puissions Nous retrouver Par-delà nos prédicats.  Par-delà la tyrannie de la reconnaissance. Qui impose la re/connaissance comme distance finale entre les corps. Comme inéluctable séparation. Tout ce que l¹ON - le fiancé, la famille, le milieu, l¹entreprise, l¹Etat, l¹opinion - me  Reconnaît, c¹est par là que l¹ON croit me tenir. Par le rappel constant de ce que je suis, de mes qualités, ON voudrait m¹abstraire de  chaque situation, ON voudrait m¹extorquer en toute circonstance une fidélité à moi-même qui est une fidélité à mes prédicats. ON attend de moi que je me comporte en homme, en employé, en chômeur, en mère, en militant ou en philosophe. ON veut contenir entre les bornes d¹une identité le cours imprévisible de mes devenirs.  ON veut me convertir à la religion d¹une cohérence Que l¹on a choisie pour moi. Plus je suis reconnue, plus mes gestes sont entravés, intérieurement entravés. Me voilà prise dans le maillage ultra-serré du nouveau pouvoir. Dans les rets impalpables de la nouvelle police : LA POLICE IMPERIALE DES QUALITES. Il y a tout un réseau de dispositifs où je me coule pour m¹ « intégrer », et qui m¹incorporent ces qualités. Tout un petit système de fichage, d¹identification et de flicage mutuels. Toute une prescription diffuse de l¹absence. Tout un appareil de contrôle comporte/mental, qui vise au panoptisme, à la privatisation transparentielle, à l¹atomisation. Et dans lequel je me débats. J¹ai besoin de devenir anonyme. Pour être présente. Plus je suis anonyme, plus je suis présente. J¹ai besoin de zones d¹indistinction pour accéder au Commun. Pour ne plus me reconnaître dans mon nom. Pour ne plus entendre dans mon nom que la voix qui l¹appelle. Pour faire consister le comment des êtres, non ce qu¹ils sont, mais comment ils sont ce  qu¹ils sont. Leur forme-de-vie. J¹ai besoin de zones d¹opacité où les attributs, Même criminels, même géniaux, Ne séparent plus les corps. Devenir quelconque. Devenir une singularité quelconque, n¹est pas donné. Toujours possible, mais jamais donné. Il y a une politique de la singularité quelconque. Qui consiste à arracher à l¹Empire Les conditions et les moyens, même intersticiels, De s¹éprouver comme tel. C¹est une politique, parce qu¹elle suppose une capacité d¹affrontement, Et qu¹une nouvelle agrégation humaine lui corresponde.  Politique de la singularité quelconque : dégager ces espaces où aucun acte n¹est plus assignable à aucun corps donné. Où les corps retrouvent l¹aptitude au geste que la savante distribution des dispositifs métropolitains - ordinateurs, automobiles, écoles, caméras, portables, salles de sport,  hôpitaux, télévisions, cinémas, etc. - leur avait dérobée. En les reconnaissant. En les immobilisant. En les faisant tourner à vide. En faisant exister la tête séparément du corps. Politique de la singularité quelconque. Un devenir-quelconque est plus révolutionnaire que n¹importe quel être-quelconque.  Libérer des espaces nous libère cent fois plus que n¹importe quel « espace libéré ». Plus que de mettre en acte un pouvoir, je jouis de la mise en circulation de ma puissance.  La politique de la singularité quelconque réside dans l¹offensive. Dans les circonstances,  les moments et les lieux où seront arrachés les circonstances, les moments et les lieux d¹un tel anonymat,  d¹un arrêt momentané en état de simplicité, l¹occasion d¹extraire de toutes nos formes la pure adéquation à la présence, l¹occasion d¹être, enfin, là.  II COMMENT FAIRE ? Non pas Que faire ? Comment faire ? La question des moyens. Pas celle des buts, des objectifs, de ce qu¹il y a à faire, stratégiquement, dans l¹absolu. Celle de ce que l¹on peut faire, tactiquement, en situation, et de l¹acquisition de cette puissance. Comment faire ? Comment déserter ? Comment ça marche ? Comment conjuguer mes blessures et le communisme ? Comment rester en guerre sans perdre la tendresse ? La question est technique. Pas un problème. Les problèmes sont rentables. Ils nourrissent les experts. Une question. Technique. Qui se redouble en question des techniques de transmission de ces techniques. Comment faire ? Le résultat contredit toujours au but. Parce que poser un but est encore un moyen, un autre moyen.  Que faire ? Babeuf, Tchernychevski, Lénine. La virilité classique réclame un antalgique, un mirage, quelque chose. Un moyen pour s¹ignorer encore un peu. En tant que présence. En tant que forme-de-vie. En tant qu¹être en situation, doté d¹inclinations. D¹inclinations déterminées. Que faire ? Le volontarisme comme ultime nihilisme. Comme nihilisme propre à la virilité classique. Que faire ? La réponse est simple : se soumettre encore une fois à la logique de la  mobilisation, à la temporalité de l¹urgence. Sous prétexte de rébellion. Poser des fins, des mots. Tendre vers leur accomplissement. Vers l¹accomplissement des mots. En  attendant, remettre l¹existence à plus tard. Se mettre entre parenthèses. Loger dans l¹exception de soi. A l¹écart du temps. Qui passe. Qui ne passe pas. Qui s¹arrête. Jusqu¹à... Jusqu¹au prochain. But. Que faire ? Autrement dit : inutile de vivre. Tout ce que vous n¹avez pas vécu, l¹Histoire vous le rendra. Que faire ? C¹est l¹oubli de soi qui se projette sur le monde. Comme oubli du monde. Comment faire ? La question du comment. Non pas de ce qu¹un être, un geste, une chose est, mais de comment il est ce qu¹il est. De comment ses prédicats se rapportent à lui. Et lui à eux. Laisser être. Laisser être la béance entre le sujet et ses prédicats. L¹abîme de la présence. Un homme n¹est pas « un homme ». « Cheval blanc » n¹est pas « cheval ». La question du comment. L¹attention au comment. L¹attention à la manière dont une femme est, et n¹est pas, une femme - il en faut des dispositifs pour faire d¹un être de sexe féminin « une femme », ou d¹un homme à la peau noire « un Noir ». L¹attention à la différence éthique. A l¹élément éthique. Aux irréductibilités qui le traversent. Ce qui se passe entre les corps dans une occupation est plus intéressant que l¹occupation elle-même. Comment faire ? veut dire que l¹affrontement militaire avec l¹Empire doit être subordonné à l¹intensification des relations à l¹intérieur de notre parti. Que la politique n¹est qu¹un certain degré d¹intensité au sein de l¹élément éthique. Que la guerre révolutionnaire ne  doit plus être confondue avec sa représentation : le moment brut du combat. La question du comment. Devenir attentif à l¹avoir-lieu des choses, des êtres. A leur événement. A l¹obstinée et silencieuse saillance de leur temporalité propre sous l¹écrasement planétaire de toutes les temporalités par celle de l¹urgence. Le Que faire ? comme ignorance programmatique de cela. Comme formule inaugurale du désamour affairé. Le Que faire ? revient. Depuis quelques années. Depuis le milieu des années 90, plus que Depuis Seattle. Un revival de la critique fait semblant d¹affronter l¹Empire avec les slogans, les recettes des années 60. Sauf que cette fois, on simule. On simule l¹innocence, l¹indignation, la bonne conscience et le besoin de société. On remet en circulation toute la vieille gamme des affects sociaux-démocrates. Des affects chrétiens. Et à nouveau, ce sont les manifestations. Les manifestations tue-désir. Où il ne se passe rien. Et qui ne manifestent plus Que l¹absence collective. A jamais.  Pour ceux qui ont la nostalgie de Woodstock, de la ganja, de mai 68 et du militantisme, il y a les contre-sommets. ON a reconstitué le décor, le possible en moins. Voilà ce que commande le Que faire ? aujourd¹hui : aller à l¹autre bout du monde contester la marchandise globale pour revenir, après un grand bain d¹unanimisme et de séparation médiatisée, se soumettre à la marchandise locale. Au retour, c¹est la photo dans le journal... Tous seuls ensemble !... Il était une fois... Quelle jeunesse !... Dommage pour les quelques corps vivants égarés là, cherchant en vain un espace à leur désir. Ils en reviennent un peu plus ennuyés. Un peu plus vidés. Réduits. De contre-sommet en contre-sommet, ils finiront bien par comprendre. Ou pas. On ne conteste pas l¹Empire sur sa gestion. On ne critique pas l¹Empire. On s¹oppose à ses forces. Là où l¹on est. Dire son avis sur telle ou telle alternative, aller là où l¹ON nous appelle, cela n¹a plus de sens. Il n¹y a pas de projet global alternatif au projet global de l¹Empire. Car il n¹y a pas de projet global de l¹Empire. Il y a une gestion impériale. Toute gestion est mauvaise. Ceux qui réclament une autre société feraient mieux de commencer par voir qu¹il n¹y en a plus. Et peut-être cesseraient-ils alors d¹être des apprentis-gestionnaires. Des citoyens. Des citoyens indignés. L¹ordre global ne peut pas être pris pour ennemi. Directement. Car l¹ordre global n¹a pas de lieu. Au contraire. C¹est plutôt l¹ordre des non-lieux. Sa perfection n¹est pas d¹être global, mais d¹être globalement local. L¹ordre global est la conjuration de tout événement parce qu¹il est l¹occupation achevée, autoritaire du local. On ne s¹oppose à l¹ordre global que localement. Par l¹extension des zones d¹ombre sur les cartes de l¹Empire. Par leur mise en contact progressive. Souterraine.  La politique qui vient. Politique de l¹insurrection locale contre la gestion globale. De la présence regagnée sur l¹absence à soi. Sur l¹étrangeté citoyenne, impériale. Regagnée par le vol, la fraude, le crime, l¹amitié, l¹inimitié, la conspiration. Par l¹élaboration de modes de vie qui soient aussi des modes de lutte. Politique de l¹avoir-lieu. L¹Empire n¹a pas lieu. Il administre l¹absence en faisant partout planer la menace palpable de l¹intervention policière. Qui cherche dans l¹Empire un adversaire auquel se mesurer trouvera l¹anéantissement préventif. Etre perçu, désormais, c¹est être vaincu. Apprendre à devenir indiscernables. A nous confondre. Reprendre goût à l¹anonymat,  à la promiscuité. Renoncer à la distinction, Pour déjouer la répression : ménager à l¹affrontement les conditions les plus favorables. Devenir rusés. Devenir impitoyables. Et pour cela, devenir quelconques. Comment faire ? est la question des enfants perdus. Ceux à qui l¹on n¹a pas dit. Ceux qui ont les gestes mal assurés. A qui rien n¹a été donné. Dont la créaturalité, l¹errance ne cesse de se trahir. La révolte qui vient est la révolte des enfants perdus. Le fil de la transmission historique a été rompu. Même la tradition révolutionnaire Nous laisse orphelins. Le mouvement ouvrier surtout. Le mouvement ouvrier qui s¹est retourné en instrument d¹une intégration supérieure au Processus. Au nouveau Processus, cybernétique, de valorisation sociale. En 1978, c¹est en son nom que le PCI, le « parti aux mains propres », lançait La chasse à l¹Autonome. Au nom de sa conception classiste du prolétariat, de sa mystique de la société, du respect du travail, de l¹utile et de la décence. Au nom de la défense des « acquis démocratiques » et de l¹Etat de droit. Le mouvement ouvrier qui se sera survécu dans l¹opéraïsme. Seule critique existante du capitalisme du point de vue de la Mobilisation Totale. Doctrine redoutable et paradoxale, Qui aura sauvé l¹objectivisme marxiste en ne parlant plus que de « subjectivité ». Qui aura porté à un raffinement inédit la dénégation du comment. La résorption du geste dans son produit. L¹urticaire du futur antérieur. De ce que toute chose aura été. La critique est devenue vaine. La critique est devenue vaine parce qu¹elle équivaut à une absence. Quant à l¹ordre dominant, tout le monde sait à quoi s¹en tenir. Nous n¹avons  plus besoin de théorie critique. Nous n¹avons plus besoin de professeurs. La critique roule pour la domination, désormais. Même la critique de la domination. Elle reproduit l¹absence. Elle nous parle de là où nous ne sommes pas. Elle nous propulse ailleurs. Elle nous consomme. Elle est lâche. Et reste bien à l¹abri quand elle nous envoie au carnage. Secrètement amoureuse de son objet, elle ne cesse de nous mentir. D¹où les si courtes idylles entre prolétaires et intellectuels engagés. Ces mariages de raison où l¹on n¹a la même idée ni du plaisir ni de la liberté.  Plutôt que de nouvelles critiques, c¹est de nouvelles cartographies que nous avons besoin. Des cartographies non de l¹Empire, mais des lignes de fuite hors de lui. Comment faire ? Nous avons besoin de cartes. Non pas de cartes de ce qui est hors carte. Mais de cartes de navigation. De carte maritimes. D¹outils d¹orientation. Qui ne  cherchent pas à dire, à représenter ce qu¹il y a à l¹intérieur des différents archipels de la désertion, mais nous indiquent comment les rejoindre. Des portulans.  III NOUS SOMMES le mardi 17 septembre 1996, peu avant l¹aube. Le ROS (Regroupement Opérationnel Spécial) coordonne dans toute la péninsule l¹arrestation de 70 anarchistes italiens. Il s¹agit de mettre un terme à 15 ans d¹enquêtes infructueuses au sujet des anarchistes insurrectionalistes. La technique est connue : fabriquer un « repenti », lui faire dénoncer l¹existence d¹une vaste organisation subversive hiérarchisée. Puis accuser sur la base de cette création chimérique tous ceux que l¹on veut neutraliser d¹en faire partie. Encore une fois assécher la mer pour prendre les poissons. Même quand il ne s¹agit que d¹un étang minuscule. Et de quelques gardons. Une « note informative de service » a échappé au ROS sur cette affaire. Il y expose sa stratégie. Fondé sur les principes du général Dalla Chiesa, le ROS est le type même du service impérial de contre-insurrection. Il travaille sur la population. Là où une intensité s¹est produite, là où quelque chose s¹est passé, il est le french doctor de la situation. Celui qui pose, sous couvert de prophylaxie, les cordons sanitaires visant à isoler la contagion. Ce qu¹il redoute, il le dit. Dans ce document, il l¹écrit. Ce qu¹il redoute, c¹est le « marécage de l¹anonymat politique ». L¹Empire a peur. L¹Empire a peur que nous devenions quelconques. Un milieu délimité, une organisation combattante. Il ne le craint pas. Mais une constellation expansive de squatts, de fermes autogérées, d¹habitations collectives, de rassemblements fine a se stesso, de radios, de techniques et d¹idées. L¹ensemble relié par une intense circulation des corps, et des affects entre les corps. C¹est une autre affaire. La conspiration des corps. Non des esprits critiques, mais des corporéités critiques. Voilà  ce que l¹Empire redoute. Voilà ce qui lentement advient, avec l¹accroissement des flux de la défection sociale. Il y a une opacité inhérente au contact des corps. Et qui n¹est pas compatible avec le règne impérial d¹une lumière qui n¹éclaire plus les choses que pour les désintégrer. Les Zones d¹Opacité Offensive ne sont pas à créer. Elles sont déjà là, dans tous les rapports où survient une véritable mise en jeu des corps. Ce qu¹il faut, c¹est assumer que nous avons part à cette opacité. Et se doter des moyens de l¹étendre, de la défendre. Partout où l¹on parvient à déjouer les dispositifs impériaux, à ruiner tout le travail quotidien du Biopouvoir et du Spectacle pour exciper de la population une fraction de  citoyens. Pour isoler de nouveaux untorelli. Dans cette indistinction reconquise se forme spontanément un tissu éthique autonome, un plan de consistance sécessionniste. Les corps s¹agrègent. Retrouvent le souffle. Conspirent. Que de telles zones soient vouées à l¹écrasement militaire importe peu. Ce qui importe,  c¹est à chaque fois de ménager une voie de retraite assez sûre. Pour se réagréger ailleurs. Plus tard.  Ce que sous-tendait le problème Que faire ?, c¹était le mythe de la grève générale. Ce qui répond à la question Comment faire ?, c¹est la pratique de la GREVE HUMAINE. La grève générale laissait entendre qu¹il y avait une exploitation limitée dans le temps, et dans l¹espace, une aliénation parcellaire, due à un ennemi reconnaissable, et donc vincible. La grève humaine répond à une époque où les limites entre le travail et la vie achèvent de s¹estomper. Où consommer et survivre, produire des ³textes subversfs² et parer aux effets les plus nocifs de la civilisation industrielle, faire du sport, l¹amour, être parent ou sous Prozac. Tout est travail.  Car l¹Empire gère, digère, absorbe et réintègre tout ce qui vit. Même « ce que je suis », la subjectivation que je ne démens pas hic et nunc, tout est productif. L¹Empire a tout mis au travail. Idéalement, mon profil professionnel coïncidera avec mon propre visage. Même s¹il ne sourit pas. Les grimaces du rebelle se vendent très bien, après tout. Empire, c¹est-à-dire que les moyens de production sont devenus des moyens de contrôle  dans le même temps où l¹inverse s¹avérait. Empire signifie que désormais le moment politique domine le moment économique. Et contre cela, la grève générale ne peut plus rien. Ce qu¹il faut opposer à l¹Empire, c¹est la grève humaine. Qui ne s¹attaque jamais aux rapports de production sans s¹attaquer en même temps aux rapports affectifs qui les soutiennent. Qui sape l¹économie libidinale inavouable, restitue l¹élément éthique - le comment - refoulé dans chaque contact entre les corps neutralisés. Lagrèvehumaine,c¹est la grève qui, là où l¹ON s¹attendrait à telle ou telle réaction prévisible, àtelouteltoncontritouindigné, PREFERENEPAS. Se dérobe au dispositif. Le sature, ou l¹éclate. Se reprend, préférant autre chose. Autre chose qui n¹est pas circonscrit dans les possibles autorisés par le dispositif. Au guichet de tel ou tel service social, aux caisses de tel ou tel supermarché, dans une conversation polie, lors d¹une intervention des flics, selon le rapport de force, la grève humaine fait consister l¹espace entre les corps, pulvérise le double bind où ils sont pris, les accule à la présence Il y a tout un luddisme à inventer, un luddisme des rouages humains qui font tourner le Capital. En Italie, le féminisme radical a été une forme embryonnaire de la grève humaine. « Plus de mères, de femmes et de filles, détruisons les familles ! »  était une invitation au geste de casser les enchaînements prévus, de libérer les possibles comprimés. C¹était une atteinte aux commerces affectifs foireux, à la prostitution ordinaire. C¹était un appel au dépassement du couple, comme unité élémentaire de gestion de l¹aliénation. Appel à une complicité, donc. Pratique intenable sans circulation, sans contagion. La grève des femmes appelait implicitement celle des hommes et des enfants, appelait à vider les usines, les écoles, les bureaux et les prisons, à réinventer pour chaque situation une autre manière d¹être, un autre comment. L¹Italie des années 70 était une gigantesque zone de grève humaine. Les autoréductions, les braquages, les quartiers squattés, les manifestations armées, les radios libres, les innombrables cas de ³syndrome de Stockholm², même les fameuses lettres de Moro détenu, vers la fin, étaient des pratiques de grève humaine. Les staliniens parlaient alors d¹ « irrationalité diffuse », c¹est dire. Il y a des auteurs aussi chez qui c¹est tout le temps la grève humaine. Chez Kafka, chez Walser ; ou chez Michaux, par exemple. Acquérir collectivement cette faculté de secouer les familiarités. Cet art de fréquenter en soi-même l¹hôte le plus inquiétant. Dans la guerre présente, où le réformisme d¹urgence du Capital doit prendre les habits du révolutionnaire pour se faire entendre, où les combats les plus démokrates, ceux des contre-sommets, ont recours à l¹action directe, un rôle nous est réservé. Celui de martyrs de l¹ordre démokratique, qui frappe préventivement tout corps qui pourrait frapper. Je devrais entonner la rhétorique de la victime. Puisque, c¹est connu, tout le monde est victime, les oppresseurs eux-mêmes. Et savourer qu¹une discrète circulation du masochisme réenchante la situation. La grève humaine, aujourd¹hui, c¹est refuser de jouer le rôle de la victime. S¹attaquer à lui. Se réapproprier la violence. S¹arroger l¹impunité. Faire comprendre aux citoyens médusés que s¹il n¹entrent pas en guerre ils y sont quand même. Que là où l¹ON nous dit que c¹est ça ou mourir, c¹est toujours en réalité ça et mourir. Ainsi, de grève humaine en grève humaine, propager l¹insurrection, où il n¹y a plus que, où nous sommes tous des singularités quelconques. Tiqqun  P.S.  . Si vous le pouvez, préférez le .pdf. Il est plus proche de l¹original. . Ce texte à été écrit en vue d¹une parution italienne, au printemps 2001. . Comment faire ? est le dernier article de Tiqqun 2, zone d¹opacité offensive paru en octobre 2001, et diffusé par Belles lettres. . Ce texte et d¹autres,sont disponibles au près de :   l¹Infokiosque de l¹Ekluserie 81 rue Alphonse Guérin 35000 Rennes et sur infokiosques.net