[Cip-idf] L'auto-organisation populaire

From : yotogui@... , the 21st March 2006 10:44
  • 2006-03-21 10:44:50 — yotogui@... - [Cip-idf] L'auto-organisation populaire

--- ac-forum ----------- L'AUTO-ORGANISATION POPULAIRE Dans les années 60, on pensait généralement que la meilleure façon de   favoriser une telle démassification était de former des "groupes   d'affinité", c'est-à-dire des petites associations d'amis qui   partagent des perspectives et un style de vie commun. Certes, de tels   groupes présentent beaucoup d'avantages. Ils peuvent former un projet   et le réaliser sans délai; il est difficile de les infiltrer; et ils   peuvent se mettre en relation avec d'autres groupes du même genre   quand c'est nécessaire. Mais même en laissant de côté les pièges   divers dans lesquels la plupart des groupes affinitaires des années   60 sont vite tombés, il faut reconnaître qu'il y a des matières qui   exigent des organisations de grande envergure. Et à moins qu'ils ne   réussissent à s'organiser d'une manière qui rende les chefs   superflus, les grands rassemblements vont vite revenir à une forme ou   une autre d'acceptation de la hiérarchie. Une des façons les plus simples pour commencer à organiser une grande   assemblée, c'est de faire la liste de tous ceux qui veulent dire   quelque chose, chacun étant libre de parler de ce qu'il veut pendant   une durée précise (l'assemblée de la Sorbonne et le rassemblement   autour de la voiture de police à Berkeley ont établi une limitation   de trois minutes, et de temps en temps on accordait une prolongation   par acclamation). Certains des orateurs proposeront des projets   précis qui  mèneront à la constitution de groupes plus petits et plus   opérationnels ("Nous comptons, moi et quelques autres, faire telle   chose. Si vous voulez y participer, vous pouvez nous rejoindre à tel   endroit à telle heure"). D'autres soulèveront des questions qui se   rapportent aux objectifs de l'assemblée, ou à son fonctionnement (Qui   va y participer? Avec quelle fréquence va-t-elle se réunir? Comment   va-t-on s'y prendre en cas de nouveaux développements urgents dans   l'intervalle? Qui sera chargé des tâches concrètes? Avec quel degré   de responsabilité?). Dans ce processus, les participants   reconnaîtront vite ce qui marche et ce qui ne marche pas, dans quelle   mesure il faut rendre obligatoires et contrôler les mandats des   délégués, si on a besoin d'un président pour faciliter le débat et   pour que tout le monde ne parle pas en même temps, etc. Bien des   modes d'organisation sont possibles. L'essentiel, c'est que toutes   les questions restent ouvertes et soient traitées de manière   démocratique et participative, que toute tendance hiérarchique ou   manipulatrice soit immédiatement mise à jour et rejetée. Malgré sa naïveté, ses confusions et l'absence de contrôle rigoureux   sur ses délégués, le FSM est un bon exemple des tendances spontanées   vers l'auto-organisation pratique qui apparaissent dans une situation   radicale. Une vingtaine de comités se sont formées pour coordonner   l'impression, les communiqués de presse, l'assistance judiciaire,   pour trouver de la nourriture, des haut-parleurs et d'autres choses   utiles, ou pour réunir les volontaires qui avaient signalé leurs   compétences et leur disponibilité. Au moyen de réseaux téléphoniques   (chacun appelle dix autres, dont chacun doit appeler à son tour dix   autres...), il était possible de contacter à bref délai plus de vingt   mille étudiants. Mais au-delà des questions d'efficacité pratique, les révoltés   enfonçaient toute la façade spectaculaire et goûtaient un peu de la   vie réelle, de la communauté réelle. Un des participants a estimé   qu'en l'espace de quelques mois il est parvenu à connaître, ne fût-ce   que vaguement, deux ou trois mille personnes; et cela dans une   université qui était connue pour avoir "transformé les gens en   numéros". Un autre participant a écrit d'une manière émouvante:   "Affrontant une institution apparemment destinée à nous frustrer en   dépersonnalisant et en bloquant la communication, une institution qui   manquait d'humanité, de grâce et de sensibilité, nous avons trouvé,   s'épanouissant en nous-mêmes, la présence dont nous déplorions au   fond l'absence." Une situation radicale doit prendre de l'ampleur, ou s'effondrer.   Dans certains cas exceptionnels, un lieu particulier peut servir de   base permanente, de foyer pour la coordination, ou de refuge contre   la répression. Sanrizuka, zone rurale près de Tokyo qui fut occupée   par les agriculteurs dans les années 70 pour bloquer la construction   d'un nouvel aéroport, a été défendue avec tant d'acharnement et tant   de succès pendant des années qu'elle est devenue le quartier général   de nombreuses luttes en cours dans tout le pays. Mais un lieu fixe   favorise la manipulation, la surveillance et la répression, et le   fait d'y être cloué pour le défendre interdit la liberté de   mouvement. Les situations radicales se caractérisent toujours par une   circulation intense. Alors qu'un certain nombre de gens convergent   sur les endroits clé à l'affut des événements, d'autres se déploient   de là dans toutes les directions pour étendre la contestation à   d'autres régions. Une mesure simple mais essentielle dans n'importe quelle action   radicale, c'est que les participants communiquent ce qu'ils font   réellement, et disent pourquoi ils le font. Même s'ils n'ont pas fait   grand-chose, une telle communication est exemplaire en elle-même:   elle relance le jeu sur une plus large échelle, incite à élargir la   participation, et permet en outre de réduire les méfaits des rumeurs   et des informations médiatiques, ainsi que l'influence des porte-  parole auto-proclamés. Cette communication représente également un pas essentiel vers l'auto-  clarification. La proposition d'envoyer un communiqué commun entraîne   des choix concrets: Avec qui voulons-nous communiquer? Dans quel but?   Qui s'intéresse à ce projet? Qui est d'accord avec cette déclaration?   Qui n'est pas d'accord? Sur quels points? Tout cela peut mener à une   polarisation, dans la mesure où les gens envisagent les   développements possibles de la situation, se mettent au clair, et se   regroupent avec ceux qui pensent comme eux pour poursuivre divers   projets. Une telle polarisation clarifie la situation pour tout le monde.   Chaque tendance reste libre de s'exprimer et de mettre ses idées en   pratique, et les résultats peuvent se distinguer plus clairement que   si des stratégies contradictoires étaient confondues dans des   compromis où tout est réduit au plus petit dénominateur commun. Quand   les gens prendront conscience de la nécessité de se coordonner, ils   le feront. En attendant, la prolifération d'individus autonomes est   bien plus fructueuse que cette "unité" superficielle et ordonnée d'en   haut à laquelle nous appellent sans relâche les bureaucrates. Le nombre rend parfois possible des actions qui seraient imprudentes   pour des individus isolés. Et certaines actions collectives (des   grèves ou des boycotts, par exemple) exigent que les gens agissent à   l'unisson, ou au moins qu'ils n'aillent pas à l'encontre d'une   décision majoritaire. Mais des individus ou des petits groupes   peuvent se charger directement de beaucoup de choses. Mieux vaut   battre le fer pendant qu'il est chaud que perdre son temps à essayer   de réfuter les objections de masses de spectateurs qui restent encore   sous l'emprise des manipulateurs. Extrait de "La Joie de la Révolution". Le texte intégral se trouve sur http://www.bopsecrets.org/French/joyrev.htm __________________________________________________ BUREAU OF PUBLIC SECRETS P.O. Box 1044, Berkeley CA 94701, USA http://www.bopsecrets.org "Making petrified conditions dance by singing them their own tune."