[Cip-idf]Mardi parisien, philosophie pour contrer la d é construction sociale

From : yotogui@... , the 22nd January 2005 10:04
  • 2005-01-22 10:04:02 — yotogui@... - [Cip-idf]Mardi parisien, philosophie pour contrer la d é construction sociale

La philosophie pour contrer la déconstruction sociale
"Risque et néolibéralisme : analyse d'une déconstruction sociale" : € Mardi 25 janvier 2005, 20h-22h, avec Valérie Marange (professeur de philosophie, Université Paris VIII).  Amphi Stourdzé, Carré des Sciences ­ 1 rue Descartes 75005 Paris (ancienne Ecole Polytechnique). Ci-dessous, à propos de la "refondation sociale" patronale, un article décisif de Valérie Marange :   "L'éthique du bouffon" ------ Séance du séminaire organisé par la FONDATION COPERNIC, en partenariat avec le Collège International de Philosophie, ouverte à toutes et à tous. La FONDATION COPERNIC est une association regroupant chercheurs, universitaires, syndicalistes, responsables politiques et associatifs élaborant en commun des analyses critiques du libéralisme et promouvant des alternatives à l¹organisation sociopolitique actuelle. Elle se veut un carrefour, un lieu de rencontre entre les sciences humaines et le mouvement social. C¹est dans cet esprit que la Fondation initie une collaboration avec le Collège International de Philosophie dans le cadre de ses séminaires extérieurs. L¹objectif du séminaire proposé est d¹associer la philosophie au débat qui traverse actuellement les sciences humaines et la société quant à l¹exacerbation de l¹idéologie néolibérale. Comment penser philosophiquement l¹emprise libérale sur nos vies ? Quelle philosophie sociale l¹offensive libérale remet-elle ainsi en question ? Une voie d¹accès pour ce questionnement peut être trouvée dans la notion de risque qui sert de nouveau critère de légitimation au libéralisme et qui se présente, maintenant, comme «la valeur des valeurs». Le but de ce séminaire serait alors d¹établir un fil rouge entre risque, insécurité et précarité (entre lesquels il n¹existe aucune solution de continuité) pour servir de guide à l¹analyse de l¹idéologie néolibérale. A contrario, on cherchera quelle société il est possible d¹esquisser comme alternative à la société du risque.  --------------- http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=160&var_recherche=mar ange     L¹éthique du bouffon, Valérie Marange Quand le philosophe François Ewald, colégataire de l¹oeuvre de Foucault, et son compère Denis Kessler, numéro deux du Patronat, vilipendent en coeur la « démoralisation » contemporaine c¹est pour faire l¹éloge de l¹« économie politique du risque » et du contrat social qui « trouve sa vérité dans l¹assurance ». Dans le détournement de la référence à Foucault, l¹éthique de la « refondation sociale » patronale se révèle ainsi une véritable éthique du bouffon « Quoi ? Vous ne savez pas encore le secret d¹obliger tous les riches à faire travailler tous les pauvres ? Vous ne savez pas encore le premier mot de la police ». Ce trait de Voltaire, cité par Michel Foucault au sujet du grand renfermement des improductifs à l¹âge classique, jette sur la dite « refondation sociale » et les politiques de plein emploi un éclairage très cru. Qu¹est-ce que le « Pare », en effet, sinon chose de « police au sens très précis qu¹on lui prête à l¹âge classique, c¹est à dire l¹ensemble des mesures qui rendent le travail à la fois possible et nécessaire pour tous ceux qui ne sauraient vivre sans lui » ? [1] Vision saisissante du généalogiste qui nous décrit des mécanismes d¹assujettissement toujours à l¹oeuvre dans le workfare fin de XXe siècle, même si ce dernier se donne de nouveaux moyens de police que l¹internement, moyens de la «  surveillance » ou du « contrôle » qui n¹excluent pas l¹enfermement ni le stockage à vie [2]. La surveillance psychosociale se fait, en effet, toujours plus large et insinuante, au travers de la « lutte contre la violence », mais aussi et d¹abord des modèles de l¹employabilité. On ne déporte plus les chômeurs comme le faisait l¹Amérique de la grande crise, on déploie les « incitations » qui rendent possible et nécessaire leur embauche pour des sommes à peine supérieures au RMI, voire inférieures aux allocations de chômage. Il y a de nouvelles pages de l¹histoire de la folie et de la prison à écrire aujourd¹hui, de la « police » comme partage des bons et des mauvais pauvres, confusion - distribution de l¹oisiveté volontaire, de l¹incapacité médicale et de la transgression des lois. Cette histoire, en même temps, serait celle d¹une éthique « travailliste », qui prend le pauvre comme sujet moral, symétrique d¹une éthique capitalistique, l¹«  obligation » dont parle Voltaire, que la CFDT n¹a de cesse de rappeler aux « entrepreneurs ». Une histoire de l¹objectivation du sujet productif et du gouvernement par l¹individualisation, mais aussi celle des modes de subjectivation liés au refus du travail, de la norme du «  petit travailleur infatigable », refus dont les récents mouvements de chômeurs et précaires nous disent encore la vivacité. Le risque comme principe moralisateur Or dans cette histoire, aujourd¹hui, l¹« incitation » majeure au bon comportement a pour nom : « risque », dont le philosophe François Ewald, colégataire de l¹oeuvre de Foucault (avec Daniel Defert) et son compère de la Fédération des assurances françaises Denis Kessler [3], font la grande « catégorie moralisatrice » en même temps que la grande « ressource » économique. Dans un article cosigné qui vilipende la « démoralisation » contemporaine, les deux compères nous proposent en effet un autre genre d¹histoire, une histoire universelle relue comme travail du risque parvenant à la conscience de lui-même, fondant aussi bien la prudence aristotélicienne que l¹engagement sartrien, en même temps que l¹économie politique « qui n¹est qu¹une économie politique du risque », et le contrat social qui «  trouve sa vérité dans l¹assurance ». Mariage de raison préfigurant de «  nouvelles noces » plus passionnelles, à la condition de faire du risque une « ressource » plus qu¹une contrainte ou un danger. Sur ce « nouveau pli » de l¹État, Ewald-Kessler restent imprécis, se défendant de l¹assimilation au libéralisme tout en dénonçant les « rentiers de l¹État providence » et une période de « démoralisation » obsédée par la sécurité [4]. La réinstitution du social remplacera la protection de l¹État par des appuis institutionnels permettant/obligeant chacun à « assumer les risques qui sont les siens  ». La grande fresque dialectique du risque (en quoi Ewald n¹est guère généalogiste mais plutôt idéologue de la fin de l¹histoire) débouche donc sur l¹individualisation du risque dit « de l¹existence ». Source des valeurs - bien prouvée par la sagesse populaire et le pari pascalien -, le risque est à la fois ce qui pousse l¹individu à « maximiser son utilité » et le « principe de la dignité de l¹homme ». Cette coïncidence heureuse se précise quand Kessler écrit seul sur des enjeux plus concrets ou quand Ewald sert la soupe à Seillière sur la «  refondation sociale. » [5] Le consommateur, dit Seillière, doit cesser de reporter sur « d¹autres que lui les risques de la consommation  ». La société ne se répartit pas entre riches et pauvres mais selon une « division morale, de modes de vie, de style », celle qui oppose les «  riscophiles aux riscophobes ». Les premiers sont l¹avenir, les seconds des assistés démoralisés et démoralisants, sont condamnés à disparaître. Le problème, dit Kessler, c¹est la répartition des risques entre l¹individu, la famille et autres corps intermédiaires, les entreprises et l¹État. Ce dernier doit cesser de couvrir tous les « risques de l¹existence », et laisser aux entreprises à la fois le marché de l¹assurance et le loisir de faire prendre aux autres des risques, ici naturalisés et confondus avec les « risques » du capital, abstraction faite de la charge vitale des premiers. Le « reengeniring » du politique proposé par Ewald se traduit ici par l¹institution d¹un « monitoring des comportements », pour transformer les assistés en êtres responsables. Mortalité, danger, partage L¹intérêt du retour aux sources foucaldiennes est ici double : à la fois pratique, pour mettre à plat de tels énoncés pour ce qu¹ils sont, «  chose de police » ; et polémique, puisque l¹un des principaux locuteurs se réclame ici si ce n¹est de l¹éthique, du moins de la méthode de Michel Foucault : il s¹agirait de comprendre une épistémè, un « pli » du sujet et du pouvoir, biopouvoir visant « à produire des forces... plus qu¹à les barrer ». D¹autre part, la dénonciation constante des apôtres sécuritaires du danger n¹est pas sans résonance avec les thématiques chères à Foucault, toujours soucieux de déjouer les dispositifs de sécurité. Pour peu qu¹on ait un souvenir lointain de son oeuvre, il suffirait de se rappeler d¹une interview donnée par lui à la CFDT sous le titre « Un système fini face à une demande infinie » pour le ranger sous l¹antienne de l¹éthique de l¹assureur : celui qui entend remplacer l¹État dans la fonction de l¹assurance des risques vitaux, tout en refusant de trop les couvrir au nom des « risques » que cela fait courir aux investisseurs. De ce nouvel agencement, le Pare est emblématique, puisqu¹il reporte sur les assurés de l¹Unedic la charge de se garantir eux-mêmes (en continuant à cotiser). C¹est par ce mécanisme de «  responsabilisation » que la mise en danger des uns devient ressource... des autres, par un tour de passe-passe que peut comprendre tout assuré. Cette imposture n¹est ici possible qu¹au prix d¹un autre tour destiné aux cadres sociaux et intellectuels : celui de la transcendantalisation du « risque », l¹indistinction du risque le plus banal et du plus vital, de l¹incertitude concernant le rapport d¹un investissement et de celle qui concerne l¹existence elle-même, individuelle ou collective. Dans la nouvelle distribution du risque proposée par le Medef et dans la vocation à disparaître des « riscophobes », le lecteur attentif de la Volonté de savoir ne peut donc lire qu¹un nouvel avatar de la naturalisation de l¹exposition à la mortalité (du « faire vivre et rejeter dans la mort » propre au biopouvoir [6]), voire une revisitation de la théorie de la sélection naturelle. L¹idéologie du risque, dont un ancien conseiller de Claude Allègre prônait récemment l¹enseignement [7], rejoint ainsi la longue cohorte des «  grandes falsifications sous le règne des valeurs morales » dont nous parlait Nietzsche : « dans le domaine de la physiologie, doctrine de l¹évolution (« perfectionnement », « socialisation », sélection  ») [8]. La pauvreté économique renvoie à une « pauvreté morale » : celle de la vie qui « recule d¹horreur devant la mort » [9], ne sait pas positiver les destructions ni la précarité de sa propre existence. Ici, la dénonciation des « riscophobes » prolifère dans au moins deux directions : celle de l¹euphémisation du négatif, devenu « ressource » pour l¹économie assurancielle et médicale voire humanitaire, et qui définit un seuil de profitabilité du danger et de la peur ; celle d¹autre part du danger que représentent eux-mêmes les riscophobes, qui veulent faire porter par la collectivité leur droit à persévérer dans l¹être, protégés du prion, des catastrophes climatiques ou de la vieillesse misérable. Seillière le dit clairement dans l¹interview signée par Ewald : le principe de précaution, c¹est la lutte des classes, et la lutte des classes, c¹est en réalité la démoralisation de l¹assisté qui avance sous le masque de l¹éthique, c¹est un partage des styles de vie. Contre l¹association de l¹irresponsabilité, de la déraison et de l¹immoralité, il s¹agit de « défendre la société » [10], le partage socialisant, qui attribue à chacun ses risques [11]. Le souci de soi des hommes infâmes Que tous les risques ne se valent pas, que chacun n¹en ait pas la même part, voilà ce que masque au fond ce discours tout en le légitimant : ce qu¹on nomme dans un autre langage l¹inégalité des chances, le partage des espérances de vie, relatif à leur moralité... [12] Or, il se trouve que cette question du partage est au coeur de la vie et de l¹oeuvre de Michel Foucault, au coeur de sa lutte : partage de la folie et de la raison, du délinquant et du gentil garçon, du normal et de l¹anormal... Deux textes en témoignent parmi d¹autres, édités sous la coresponsabilité d¹Ewald, et dont celui-ci ne peut ignorer la charge qu¹ils recèlent contre le « monitoring des comportements » préconisé par Kessler. Dans le premier, « Un système fini face à une demande infinie »  [13], Foucault se livre à une certaine critique du système de la Sécu, montrant comment celui-ci génère dépendance et assujettissement. Mais cette critique vise à la fois « un effet de mise en dépendance par intégration », et « un effet de mise en dépendance par marginalisation ou exclusion ». Les deux sont à combattre comme les deux faces d¹un même partage entre « populations exposées et non exposées », question qui recoupe celle des modes de vie. Sera protégé celui qui travaille, vit en famille, est intégré dans une communauté ou un territoire, celui qui en somme « est déjà protégé », dit Foucault. Le problème, c¹est que la protection soit conditionnée par les chances et choix d¹existence des personnes, par leur place sociale. Face à cette conditionnalité normalisante -qui décrirait parfaitement des dispositifs tels que le RMI ou le Pare-, « existe bel et bien une demande positive : celle d¹une sécurité qui ouvre la voie à des rapports plus riches, plus nombreux, plus divers et plus souples avec soi-même et avec son milieu, tout en assurant à chacun une réelle autonomie » [14]. Le « souci de soi » relègue donc la « riscophilie » au rang des âneries, des rodomontades de ceux qui se protègent des vrais risques. En même temps apparaît l¹espace d¹une éthique des usagers dont le cofondateur du GIP et de Aides est l¹avocat logique, récusant au passage la connotation péjorative dont les économistes libéraux affligent la notion d¹État [15]. Foucault affirme même ici : « l¹objectif d¹une couverture sociale optimale associée à un maximum d¹indépendance est assez clair » [16]. L¹enjeu est de faire exister l¹espace d¹une éthique des gens concernés, des styles de vie minoritaires ou dissidents (y compris et peut-être d¹abord face au travail obligé), et cet espace implique une sécurité matérielle garantie pour tous, au-delà des risques propres à chacun. L¹autre texte, « Le sujet et le pouvoir » [17], est l¹un des écrits de Foucault qui articule le plus précisément son épistémologie et sa pragmatique. Ce que nous dit ici Foucault, c¹est que ce qui l¹a toujours intéressé, c¹est le caractère subjectif du pouvoir. Et que ce dont il est toujours parti, c¹est des modes de subjectivation minoritaires ou réfractaires aux grands assujettissements normatifs, qui « classent les individus en catégorie, les désignent par leur individualité propre, les attachent à leur identité » tout en les coupant de toute communauté. C¹est bien de ce « premier Foucault », solidaire des fous, des vagabonds et des prisonniers, des « hommes infâmes », que sortira le second Foucault, celui du « souci de soi », d¹une « vertu sans moraline » [18] refusant l¹exposition sacrificielle à la mort mais affirmant ses valeurs, dans une autoréférence individuelle et collective. A l¹énumération que fait Foucault dans cet article - luttes des femmes, des homosexuels, des prisonniers, des malades mentaux - il faudrait aujourd¹hui ajouter : lutte des séropositifs, des chômeurs, des intermittents, des sans-papiers... de tous ceux dont la sécurité d¹existence est déniée au nom des risques qu¹ils prennent ou qu¹on leur fait prendre effectivement et qu¹ils doivent assumer seuls pour devenir des « ressources » alléchantes. Souci du monde A cet égard, l¹actuelle campagne médiatique mettant en cause les pratiques préventives du VIH au nom du « goût du risque » ne laisse d¹ailleurs pas d¹interroger. Car qui se soucie de la maladie des gens de mauvaises moeurs, sinon eux-mêmes ? Qui se soucie de l¹état de santé des populations en général, au lieu de juger leur moralité à l¹aune en réalité inverse de leur prise de risque, c¹est à dire celle des garanties dont ils sont entourés ? « Toute existence qui peut être niée mérite de l¹être », écrivait Nietzsche. Ewald entendrait la leçon à sa façon et dans ce sens, sa citation de Foucault s¹apparente à des trahisons bien connues de la pensée de Nietzsche. Foucault l¹entendit autrement, comme le font aujourd¹hui les collectifs de chômeurs, de malades, de transsexuels, d¹habitants, de consommateurs, de « licenciés des grandes surfaces » qui réévaluent les valeurs collectives en même temps que la valeur de leur existence. Et qui souvent développent des façons de vivre, de travailler, d¹aimer, d¹habiter le monde, plus responsables et surtout plus hospitalières que celle des apôtres protégés du risque d¹autrui. Autovalorisation et revalorisation du monde ont ainsi partie liée comme l¹a montré Foucault dans le Souci de soi et comme l¹exprime d¹une certaine façon le « principe de précaution », rempart contre une individualisation du risque par nature illusoire quand c¹est le monde commun qui est menacé. Le pli de la responsabilité prend ici une toute autre figure, qui pourrait rendre un sens au projet de « faire de l¹homme un animal capable de tenir ses promesses » [19], au-delà de l¹éthique de l¹assureur ou du bouffon. Copyright © 2001 Valerie Marange. [1] Michel Foucault, Histoire de la folie à l¹âge classique, 1972, Tel Gallimard, p 75. [2] Bon nombre des anciens pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui ferment actuellement des pavillons se retrouvent dans des MAS (institutions dont les statuts prévoient le séjour définitif), un certain nombre d¹autres en prison. D¹autres enfin dans la « nature » sous contrôle d¹injection de neuroleptiques - retards. Comme le soulignent Deleuze et Guattari dans divers textes des années 1980-1990 (« Les sociétés de contrôle », « Les Années d¹hiver », etc.) les sociétés de contrôle ne remplacent pas totalement les anciennes procédures disciplinaires, mais y ajoutent une nouvelle strate, produisent divers mixtes. [3] Ewald est le directeur de recherches de cette Fédération dont Kessler, numéro 2 du Medef, est le patron. [4] Kessler, Ewald, « Les noces du risque et de la politique », Le Débat, n° 109, avril 2000. On peut lire ici : « Le risque, c¹est tout à la fois une morale, une épistémologie, une idéologie, en fait une manière de définir la valeur des valeurs ». [5] Denis Kessler, L¹avenir de la protection sociale, Commentaire, automne 1999, n° 87, et François Ewald, «  Entretien avec Ernest-Antoine Seillière », Président du Medef, in Risques, n° 43, septembre 2000. [6] Foucault, La Volonté de savoir, Gallimard 1976. Ch. Droit de mort et pouvoir sur la vie, en particulier pp. 179-181. Il est intéressant de noter qu¹Ewald cite dans son article quelques mots de ces pages, où Foucault définit le biopouvoir comme « un pouvoir destiné à produire des forces, à les faire croître et à les ordonner plus qu¹à les barrer, à les faire plier ou à les détruire », tout en omettant la seconde partie de l¹exposé, qui porte sur le nouvel exercice du droit de mort dans ce contexte, qui atteint les dimensions inédites d¹holocaustes : « Mais ce formidable pouvoir de mort - et c¹est peut-être ce qui lui donne une part de sa force et du cynisme avec lequel il a repoussé si loin ses propres limites- se donne maintenant comme le complémentaire d¹un pouvoir qui s¹exerce positivement sur la vie... Les massacres sont devenus vitaux.  » [7] « Enseigner le risque », in Le Monde, 7 décembre 2000. [8] Nietzsche, Volonté de puissance, P. 181. [9] Hegel, Phénoménologie de l¹esprit : « Ce n¹est pas la vie qui recule d¹horreur devant la mort et se préserve pure de la destruction, mais la vie qui porte la mort et se maintient dans la mort même, qui est la vie de l¹esprit ». [10] Comme le dit ironiquement le titre d¹un séminaire de Foucault au Collège de France, qui porte sur la guerre sociale menée par la bourgeoisie aux classes dangereuses au nom de son style de vie supérieur. [11] Clairement, ce modèle ne peut guère conduire qu¹à la guerre sociale et à l¹accroissement de la «  police », dans le sens où l¹entend Jacques Rancière, comme gestion du «  lot » de chacun et contournement de la question de la « part des sans part », qui fonde l¹espace politique. Cf. Rancière, La mésentente, Galilée 1998. [12] Hazard, en anglais, désigne à la fois le risque et la chance. L¹éloge de l¹Aléa, qui peut passer pour libertaire, devient ici naturalisation des « karmas » dans la philosophie spontanée de l¹assureur, voire de l¹assuré bien couvert. [13] Entretien avec Robert Bono (alors secrétaire national de la CFDT), in Sécurité sociale, l¹enjeu, Syros 1983, in Dits et écrits, T.IV, p 367-383. [14] Ibid, pp 368-369. [15] Ibid, p 374. [16] Ibid, p 372. [17] Chicago 1982, Dits et écrits, T. IV, pp 222- 243. [18] Selon les mots de Nietzsche dans l¹Antéchrist. [19] Selon les mots de Nietzsche, Généalogie de la morale, Seconde dissertation.