[Pap-infos]A quand la grève des chômeurs ? (Mouvement des chômeurs et précaires en lutte de Rennes)

From : precairesassocies@... , the 12th January 2010 22:00
  • 2010-01-12 22:00:28 — precairesassocies@... - [Pap-infos]A quand la grève des chômeurs ? (Mouvement des chômeurs et précaires en lutte de Rennes)

Les textes du Mcpl publiés sur internet sont accessibles là,  en fin   d'article : http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4863 A quand la grève des chômeurs ? Mcpl de Rennes Un spectre hante le pouvoir sarkozyste : celui d’un mouvement de   chômeurs. Entendons nous bien : un mouvement de chômeurs, c’est un mouvement de   mauvais chômeurs. Le "bon" chômeur n’est plus un « chômeur », c’est   un demandeur d’emploi (D.E.), "public-cible" du Pôle du même nom. Il   ne tient pas à se faire remarquer, hormis, bien sûr, par un   employeur. Le "demandeur d’emploi" se construit à l’envers de l’image   repoussoir du mauvais chômeur, ce glandeur qui mène une vie de pacha   avec ses 454 euros par mois, et qui ne se sent pas redevable à la   société qui lui concède, d’ailleurs temporairement et sous   conditions, le droit de survivre, là où les loyers sont encore   accesssibles. Le "demandeur d’emploi" modèle travaille donc, sans   cesse : il refait cent fois son CV, il envoie des milliers de lettres   de motivation, il "enquête" pour mieux "cibler" les "gisements   d’emplois", il accepte de bonne grâce les ateliers CV, les   simulations d’entretien, les bilans de compétences, les stages   gratuits, les Evaluations en Milieu de Travail (70 h de travail   bénévole), il en redemande. Il apprend grâce aux ateliers de   "coaching" qu’un ami est un partenaire, que rencontrer quelqu’un se   dit tisser un réseau, qu’un savoir-faire est une compétence, et que   ce qui fait la dignité d’un être c’est la valeur et le potentiel   d’expansion de son capital-compétences. Bref, il travaille à son   employabilité ; il travaille à devenir l’employé idéal, l’exploité   qui n’a pas d’autre exploiteur que lui-même, et se charge de remettre   au pas l’indolent, le récalcitrant, le chômeur qui sommeille en lui.   Un employé idéal, c’est à dire un auto-entrepreneur, un homme   économique intégral. Bien sûr, comme avec tout modèle, il y en a qui feront semblant : les   uns qui joueront à incarner ce rôle, pour renvoyer incessamment à   leurs subordonnés à quel point ils ne sont pas à la hauteur ; les   autres, qui feront juste assez de grimaces convenues (de « démarches   ») pour qu’on leur fiche la paix. Bien sûr, il y aura, comme dans   toute compétition, des gagnants et des perdants. Certains deviendront   cadres, golden boys, managers, et accepteront les "responsabilités"   qui placeront toute leur vie sous le signe de l’évaluation   monétaire ; et d’autres accepteront ou se feront imposer par Pôle   Emploi des boulots de larbin qui, au contraire de les aider à monter   dans l’échelle sociale, les maintiendront à vie dans ce triste rôle   de main d’oeuvre précarisée, qu’il faudra encore mériter parce que   d’autres-attendent-à-la-porte. D’autres, enfin, trouveront la « bonne   planque » que tous les autres vont leur envier (Privilégiés de   fonctionnaires ! etc...). Ce qui importe au pouvoir par dessus tout, c’est de nous occuper,   c’est de nous voler notre temps. Partout, il y a des « mauvais   chômeurs » qui étudient, qui créent, qui animent des associations,   qui se mêlent de politique, qui expérimentent d’autres manières de   vivre, de travailler, d’enseigner sans exploiter ni les hommes ni la   nature, de manière égalitaire et coopérative, des « mauvais chômeurs   » pour qui le boulot signifie d’abord mettre de côté ses   attachements. Des gens pour qui le salariat et le marché sont   inséparables des catastrophes sociales et écologiques actuelles, et   qui, autant que possible, préfèrent s’y soustraire. Ces gens-là, il   faut pour le pouvoir les empêcher de travailler, parce que leur   travail véhicule une manière de penser qui si elle se diffusait,   donnerait confiance aux innombrables qui, parce qu’ils se sentent   isolés, hésitent encore à entrer en conflit ouvert avec les   institutions telles que Pôle Emploi, et se contentent d’esquiver   leurs attaques. Un mouvement de chômeurs et précaires n’est pas un mouvement   corporatiste, pas même un mouvement des "exclus" ou de toute autre   catégorie médiatico-sociologique. La crise a appris à ceux qui   l’ignoraient encore que bien peu pouvaient se targuer d’une situation   garantie, hormis les dirigeants des banques, des entreprises, des   médias, des partis politiques et des syndicats institutionnels. Le   chômeur, au fond, ce n’est pas tant le "privé d’emploi" que celui qui   refuse, au sein de la firme globale qu’est cette société, d’être   affecté à telle ou telle tâche selon les exigences du patronat, ou du   gouvernement, ou du Pôle Emploi qui veut "faire du chiffre". La lutte   des chômeurs intéresse directement celle des travailleurs. Refuser un   job pourri ou un stage intensif de coaching, empêcher la radiation ou   la suppression d’allocations n’est pas différent de refuser une   augmentation des cadences, des licenciements ou des baisses de salaire. Notre mot d’ordre est simple : grève des chômeurs. Faisons grève de   notre supposée évidente condition de demandeurs d’emploi, d’auto-  entrepreneurs. Assumons-nous comme des travailleurs produisant des   relations humaines différentes, coopératives, non marchandes,   alternatives au monde de l’entreprise. Nous savons aussi que notre   travail, associatif, coopératif, écologique, le tissage de liens   amicaux, les formes de solidarité sont d’ores et déjà exploitées par   un nouveau capitalisme "vert" qui rêve de tirer un profit maximal de   la réparation des désastres accumulés par le capitalisme industriel,   et qui a besoin de puiser parmi les contestataires la manière plus   "respectueuse" et "humaine" de nous faire travailler demain dans   leurs bio-entreprises durables. La grève des chômeurs, c’est une   grève de l’exploitation : non seulement nous ne voulons pas de leurs   sales boulots, mais nous ne voulons pas qu’ils exploitent le nôtre,   celui qui a pour nous du sens, pour faire survivre leur système en   déroute. La grève des chômeurs, cela signifie trois choses. Premièrement,   s’organiser pour empêcher l’application des politiques   gouvernementales de gestion du chômage et de la précarité, qui se   traduiront notamment par la suppression de tout revenu aux chômeurs   qui refuseront deux offres dites raisonnables ou la moindre "action"   prescrite par le Pôle Emploi, ou encore rateront un rendez vous. Cela   implique qu’à chaque problème « individuel » de dossier, il soit   répondu promptement et efficacement par l’action collective, et non   par d’interminables et le plus souvent inutiles recours.   Deuxièmement, agir collectivement contre les voleurs de temps, les   exploiteurs de l’attention que sont Pôle Emploi, mais également   toutes les entreprises privées qui prospèrent de la saturation   préméditée de ce dernier : il s’agit des boîtes d’intérim, de   placement privé, de coaching et de consulting, des associations   d’insertion, qui disposent également d’un pouvoir souverain sur les   revenus des chômeurs. Troisièmement, affirmer une idée positive,   politique du travail, par laquelle nous cherchons à nous organiser de   manière égalitaire et coopérative pour accroître notre autonomie à   l’égard du marché, en renforçant nos liens avec les travailleurs en   lutte, tant à partir de la réappropriation commune de gestes de   travail que de gestes politiques. (On mentionnera à ce sujet les   ouvriers de Philips à Dreux qui viennent, face à la menace de   fermeture de l’usine, de décider en assemblée générale de relancer la   production en autogestion.) Il n’y aura pas de mouvement en dehors d’une grève des chômeurs,   d’une suspension de l’atomisation des situations individuelles, d’un   désir partagé par le salarié ou le cadre licencié, l’étudiant-sans-  débouché, le fatigué de l’intérim, l’ouvrier au chômage technique, le   militant associatif, le demandeur d’asile, le cinéaste indépendant,   le paysan non productiviste, de reprendre en main tout le temps volé   par un système qui veut nous occuper à ravager les mondes sensibles   comme à dessécher l’intelligence. Pas de plein emploi, merci ; plutôt   une pleine réappropriation de la vie. Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte de Rennes 22, rue de Bellevue, 35700 Rennes mcpl2008@... (pour tout problème de dossier, connaître les   heures de réunion ou de permanence, écrivez-nous à cette adresse mail) Rendez-vous : Manifestation samedi 16 janvier à 15h, Place de la Mairie pour la   grève des chômeurs et le soutien aux inculpés de la manifestation du   5 décembre, suivie d’une assemblée générale Rassemblement lundi 18 janvier à 15h30, Cité judiciaire, pour   soutenir les inculpés à l’occasion de leur procès.