[Pap-infos]À emploi discontinu, revenu continu

From : precairesassocies@... , the 2nd March 2007 19:08
  • 2007-03-02 19:08:20 — precairesassocies@... - [Pap-infos]À emploi discontinu, revenu continu

http://www.cip-idf.org Tandis qu'en ces temps de campagne électorale de nombreux candidats   déclarent vouloir "réhabiliter le travail", nous affirmons pour notre   part qu'il est urgent d'instaurer de nouveaux droits sociaux. À emploi discontinu, revenu continu On s’étonne de la durée exceptionnelle du conflit sur l’indemnisation   chômage des intermittents surgi lors de l’été 2003. Mais c’est depuis   1999, que, dans l’optique de son projet de « refondation sociale »,   le MEDEF, avec l’accord de certains syndicats dont la CFDT, détruit   méthodiquement l’assurance-chômage. On ne le sait pas assez, Denis   Kessler, ex No 2 du MEDEF, avait cru pouvoir déclarer cette «   refondation sociale » réussie dès l’instauration en 2001 du P.A.R.E   (Programme d’aide au retour à l’emploi) à l'Unedic. Ces organisations   vantent le  "plein-emploi" , et placent ainsi au centre de la   restructuration a-sociale en cours la situation faite aux chômeurs et   aux salariés à l’emploi discontinu. Cette « refondation sociale » vise à faire des dépenses de santé,   éducation, culture, comme de l’épargne des salariés, de nouvelles   sources de profit. Dans ce cadre, ce que l'OCDE et les gouvernants   appellent  « activer les dépenses passives », consiste à transformer   le chômeur indemnisé en salarié précaire mal payé, assujetti aux   employeurs, quitte à verser directement son allocation à ces derniers   (voir le RMA). L’assurance-chômage est visée car elle attribue un revenu aux   chômeurs. Il s’agit pour eux de transformer ce revenu en capital.    Sur ce modèle, l'assurance chômage se devrait de fonctionner non pas   comme un système mutualiste axé sur les besoins collectifs mais selon   un principe de "capitalisation des droits" destiné à individualiser   les inégalités. Ces réformes visent à rendre le chômeur responsable   de sa situation pour mieux développer la concurrence entre salariés. La réforme de l’assurance-chômage des intermittents du spectacle est   au cœur de cette politique. La précarisation des salariés impose de   supprimer un régime qui concède des garanties collectives à des   salariés à l’emploi discontinu. L’existence d’un tel régime menace en   effet de fournir l’embryon d’une alternative à la « société des   individus » qu’ils appellent de leur vœux. Il est possible de résister, et, pourquoi pas ? à tout le moins,   d’endiguer la barbarie concurrentielle. La lutte a imposé au   gouvernement de créer une allocation accessible, l’AFT (allocation de   fond transitoire). Sans elle, cette réforme de l’Unedic aurait exclu   40 000 salariés intermittents du droit à indemnisation. Ce protocole   est structurellement inégalitaire du fait de fonctionner selon une «   capitalisation des droits » radicalement opposée au principe   mutualiste d’une redistribution vers les plus faibles revenus. Il met   en place un système où les plus employés et les mieux payés sont   également les mieux indemnisés.  Cette réforme, dont l’urgence   affichée était la réduction d’un déficit coûte en fait d’avantage.   L’essentiel, on l’a compris,  est de promouvoir le système   assurantiel privé. On vise, à terme, à supprimer toute forme de   solidarité interprofessionnelle Et ce n’est pas tout ! Pour accélérer les radiations des chômeurs, toute une gamme de   menaces et de contrôles est mise en place. On fabrique ainsi une   nouvelle insécurité sociale faite de course aux cachets,   d’acceptation de n’importe quel emploi sous peine de se voir   supprimer une allocation. C’est en prenant pour point de départ les pratiques d’emploi   discontinu que la coordination des intermittents et précaires a   élaboré et proposé un autre modèle d’indemnisation chômage. Basé sur   des principes mutualistes, il est applicable à l’ensemble des   salariés employés de façon discontinue (cdd, intérims, vacataires).   Il fonctionne sur la base des besoins concrets, chaque jour chômé y   est indemnisé, tandis que chaque jour travaillé est non indemnisé. Il   comporte  un minimum d’indemnisation quotidienne équivalant au SMIC   JOUR assorti d’un plafonnement de l’indemnisation pour les revenus   confortables. Cette proposition implique d’élargir les modalités d’un financement   qui ne peut plus être exclusivement basé sur le volume horaire   d’emploi dont dépend  la cotisation sociale. Certes, il faut établir   une autre taxation du capital. Mais il sera en outre nécessaire de   déterminer une nouvelle assiette de prélèvement pour garantir des   droits aux  salariés. Il  s'agit  d'appréhender au plus près les   formes actuelles de production de richesses. Taxer, par exemple, les   flux de communication qui sont un des supports privilégiés de la   production de richesse contemporaine.  La logique de ce modèle rompt   avec l'individualisme possessif comme avec la victimisation actuelle. Elle implique la remise en cause radicale d’un paritarisme initié   après la seconde GM. Depuis 30 ans, cette forme institutionnelle a   progressivement dérivé vers le mépris du commun. Ainsi, alors que   partout l'on glose sur la "sécurisation des parcours", des centaines   de milliers de travailleurs précaires cotisent à un régime   d’assurance-chômage qui ne les indemnise pas, ou très mal, comme   c’est le cas de la majorité des chômeurs,. L’expérience de l’intermittence permet de le saisir, l'indemnisation   du chômage ne relève pas simplement d’un financement par défaut du   spectacle et de la culture, mais d'un point d’appui, utilisable pour   construire un rapport de force susceptible de renverser la logique de   concurrence qu’on nous impose. Penser la protection sociale comme un   investissement collectif, n’est pas résumable à une question   économique ou sociale, comme s’il s’agissait de domaines réservés.   Nous disons simplement que la liberté nécessite des supports sociaux,   qu’il s’agit de replacer la question de l’émancipation individuelle   et collective au cœur de l’action politique. Nous ne voulons ni pseudo lois de l'économie ni politique   compassionnelle. Nous sommes nombreux et en avons assez d'être plaints. Février 2007