Re: [sanspap-rennes] sans enfant = sans logement (dixit DDASS)

From : koudrinejb@... , the 10th November 2003 18:02

Bonjour, J'ai lu avec attention le mail evoquant le probleme ( l'enorme)  d'hebergement des DA. Pour info, j'ai essaye d'enqueter dessus pour le Journal Particule N 13 et N  14. ( A lire); Je n'ai pas pu tout dire faute de longueur imposée et de  preuves valables juridiquement; Si je peux vous aider, n'hesitez pas a telephoner au 05 56 92 98 74. Jean-Baptiste. Amities  a la bande.. ----Original Message Follows---- From: Xavier Dunezat  To: sanspap-rennes@... Subject: [sanspap-rennes] sans enfant = sans logement (dixit DDASS) Date: Sat, 08 Nov 2003 12:20:56 +0100 MARDI Lors de la dernière AG (mardi 4 novembre), une personne en demande d'asile politique est venue nous demander d'intervenir car, une fois encore, 13 personnes squattaient la cafétéria du foyer Guy Houist, sans matelas, ni couvertures, etc. Toutes en demande d'asile politique, elles ont droit au logement ("statut" des demandeurs d'asile politique) mais 4 étaient des personnes isolées (refus de la DDASS, supérieur hiérarchique de Guy Houist, de loger toute personne qui n'a pas d'enfant, l'accès au logement se justifiant par la protection de l'enfant) tandis que 3 familles - 2 familles congolaises et 1 famille mongol - avaient refusé un logement très isolé dans la campagne à Thourie (regardez où c'est sur la carte, tout en bas au milieu) : elles ont été emmenées en bus là-bas, on leur a assuré un ravitaillement hebdomadaire et la possibilité d'être emmenées à l'hosto en cas d'urgence, et c'est tout. En particulier, elles se retrouvaient coupées du monde et sans possibilité de se déplacer. Soulignons que les familles auraient accepté un logement s'il se situait dans le bourg, mais pas "au milieu de la forêt". Bref, ces familles se sont révoltées contre le logement proposé et ont exigé du chauffeur de bus qu'il les ramène au foyer. Comme elles refusaient le logement proposé, Guy Houist refusait de leur trouver un autre logement, et la situation était bloquée. Toute l'AG a été consacrée aux modalités d'intervention. A noter que nous n'avons toujours pas d'info sur ce qui doit se passer au tribunal correctionnel le 13 novembre (des gens (?) comparaissent pour aide au séjour irrégulier). Il faudrait que quelqu'un-e se renseigne. Il y a AG mardi prochain (11 novembre). Si la MIR est fermée, nous mettrons un lieu de rendez-vous sur la porte. MARDI SOIR Nous allons à une dizaine à la cafét de Guy Houist et nous découvrons la situation. Un matelas pour 13 personnes, pas de couverture, pas de nourriture. Bref, tout va bien. Nous entrons en contact avec le personnel de Guy Houist, dont le gardien qui nous dit qu'il a ordre de ses supérieurs de ne pas fournir de couverture aux personens de la cafét (faudrait pas qu'elles se sentent les bienvenues, vous comprenez). Un peu plus tard, un des supérieurs hiérarchiques du gardien nous dit que, en fait, il n'y a plus de couvertures car elles ont été volées par les sans-papiers précédent-e-s (ces gens-là, vous savez...). La discussion est assez tendue avec ce supérieur hiérarchique qui répète qu'un logement a été proposé et refusé, donc que c'est pas de la faute de Guy Houist. Nous lui demandons s'il a discuté avec les personens pour savoir pourquoi elles refusaient tant d'être logées "là-bas". Il n'avait pas discuté et ne semblait pas disposé à le faire. Nous tentons de jouer la convergence des luttes en lui disant que les difficultés de son métier doivent être dénoncées et que nous pourrions le faire ensemble. Il répond qu'il n'est pas avec nous car il nous a entendu défendre dans une AG la liberté de circulation, et ça, il ne peut pas l'accepter. Bref, ça passe mal. Nous nous organisons pour trouver des matelas, des couvertures et un repas chaud "en attendant demain" pour trouver un logement (horreur absolue "d'accepter" que ces 13 personnes restent dans cette cafétéria une nuit de plus sans rien pouvoir faire étant donné la nécessité de nous organiser et surtout d'attendre l'ouverture des administrations). MERCREDI A 9 heures, 8 personnes du collectif partagent un p'tit déj dans la cafétéria avec les 13 personnes. La mairie est contactée : elle refuse d'agir cette fois puisqu'un logement a été proposé etc etc. Le directeur du foyer vient discuter dans la cafét (à noter que ce monsieur semble être le seul au foyer à faire la démarche de venir vers les personnes sans-papiers). Cris, pleurs, refus. Un logement a été proposé etc etc. Quant aux 4 personnes isolées, vous savez bien que nous donnons la priorité aux familles avec enfant car nous ne pouvons loger tout le monde etc etc. Vers 15 heures, Ouest-France vient faire un tour et semble moyennement convaincu par la gravité de la situation. Un logement a été proposé etc etc. Vers 16 heures, les 4 personnes présentes du collectif décident d'aller à la DDASS, directement dans le bureau de la responsable de la lutte contre les exclusions. Nous arrivons, la responsable nous dit - avant même que nous ayons expliqué l'objet de notre visite - qu'un logement a été proposé etc etc. Elle ajoute que, de toute façon, elle ne peut nous recevoir maintenant, nous évoquons l'urgence de la situation, elle dit qu'il n'y a pas urgence puisqu'un logement a été proposé etc etc. Quant aux personnes isolées, elles ne peuvent être logées, c'est comme ça. Le ton monte, on nous accuse de rentrer comme ça dans un bureau sans frapper, nous sortons du bureau pour montrer notre pacifisme, la situation est ridicule, la responsable part en râlant pour aller trouver un créneau pour un rendez-vous. Elle revient un quart d'heure plus tard avec un RV pour le lendemain à 11 heures 30. OK mais que fait-on pour les personnes ? "Il y a de la place à Guichen, si ces personnes acceptent, elles sont logées ce soir". OK. Vers 17 heures, retour à Guy Houist. Le directeur nous dit qu'il n'y a pas de place à Guichen (il y en aura dans quelques jours). Contacts téléphoniques entre le directeur et la DDASS. Il revient et nous dit que, c'est bon, on va trouver une solution pour les 3 familles dans un hôtel en attendant qu'il y ait de la place à Guichen. OK mais que fait-on des 4 personnes isolées ? Négociation sur "et si elles sont 2 par chambre" (on en arrive à négocier des trucs aberrants). Le directeur va voir. Vers 18 heures, on nous annonce que tout le monde est logé, y compris les 4 personnes isolées (dans un hôtel à Bain de Bretagne). Les personens acceptent. Il reste un dernier détail : c'est au collectif de se débrouiller pour que les familles soient emmenées à leur hôtel (au Rheu). On s'organise, on emmène. On range la cafétéria et le gardien en profite pour nous expliquer qu'il y a aussi les poubelles à sortir (surréaliste), qu'il nous oblige d'ailleurs à sortir. On notera que - si l'on excepte le directeur - l'ensemble du personnel de Guy Houist a l'air très énervé qu'une solution ait été trouvée. Tout le monde nous fait la gueule. Ca promet pour les prochaines intevrentions. 22 heures : nous avons fini et nous pouvons rentrer chez nous puisque toutes les personnes sont logées. Nous passons sur le réceptionniste d'un hôtel qui a un réglement intérieur spécial étranger-e-s. Très intéressant sur le racisme ordinaire mais, avouons-le, nous n'avons pas eu la force de nous énerver là-dessus craignant de perdre les logements obtenus. JEUDI Rendez-vous à la DDASS. Nous sommes 2. Nous avons décidé d'y aller pour choper des infos sur comment ça marche le logement des étranger--e-s. La DDASS a mis le paquet puisque ce sont 3 personnes qui nous reçoivent, dont la directrice. Longue présentation de l'action de la DDASS en termes de création de places CADA (logement durable avec accompagnement social), d'obtention de places d'urgence (hôtels, gîtes, etc). Nous nous étonnons de la multiplication des problèmes en dépit de ces logements trouvés. On nous explique qu'ils sont de plus en plus nombreux, et surtout qu'ils ne jouent pas toujours le jeu quand ils sont déboutés du droit d'asile et qu'ils ne rentrent pas chez eux spontanément (c'est vrai, merde). On se félicite de la nouvelle loi Sarkozy sur l'asile qui va raccourcir significativement les délais de réponse aux demandes d'asile politique. On nous dit des trucs hallucinants sur la nécessité de ne pas trop intégrer les demandeurs d'asile pour pas qu'ils espèrent au cas où réponse négative. On nous explique bien que la création de logements n'est pas tant un problème de crédits que d'acceptation des étranger-e-s par la population locale (les blancs pour être clairs). Il faut donc y aller doucement, négocier beaucoup et disperser au maximum les logements pour que ce soit supporté. Nous nous étonnons de la prudence des institutions (i.e. la préfète) en la matière alors qu'elles sont si directes dans d'autres procédures. Par ailleurs, on nous explique bien les critères pour accéder à un logement, étant donné qu'on ne peut pas loger tout le monde, "vous le comprenez bien" :      1) être demandeur d'asile politique      2) avoir un enfant (sans-papiers, enfantez !)      3) ne pas être une personne isolée (alors, là, si vous êtes seul-e, c'est pas bon du tout). En fait, ce ne sont pas tant les sans-papiers qui sont logés que leurs enfants (ben oui, y a toute cette putain de protection de l'enfance qui oblige quand même à loger les familles avec enfant). Nous demandons ce que nous devons dire concrètement aux personens isolées ou aux couples qui voudraient être logés. On finit pas nous dire de leur dire qu'ils doivent dormir sous les ponts (je n'invente pas !). Et quant aux familles qui ne sont pas immédiatement logées, elles peuvent quand même passer une nuit ou deux à la cafétéria de Guy Houist, en attendant. "C'est quand même mieux que rien, non ?". Certes. Bon, nous passons sur les détails mais en tout cas, il paraît clair que les "chefs" de la DDASS ont pas mal évolué par rapport à certains contacts d'il y a deux ans. D'une part, ils/elles avouent s'intéresser à la situation juridique (demande d'asile ou non) alors qu'avant, ils/elles disaient - le faisaient-ils/elles ? - ne pas prendre en compte cet élément. D'autre part, il est rentré dans les moeurs que tous ceux et toutes celles qui n'ont pas d'enfant - qu'ils/elles aient droit au logement ou non - ne peuvent accéder à un logement et doivent vivre dehors. Plus largement, nous avons entendu à trois reprises (Guy Houist + DDASS) qu'il est quand même surprenant que des gens qui ont fait des milliers de kilomètres, ont vécu des choses horribles (puisque demandeurs d'asile), ne supportent pas de vivre à la campagne ou encore de rester une nuit ou deux dans une cafétéria. C'est vrai, c'est quand même choquant cet embourgeoisement des sans-papiers... Voilà, c'est tout. Il faudra peut-être envisager une réponse à la hauteur de l'enjeu et de ces pratiques immondes, non ? _______________________________________________ Sanspap-rennes@... -  http://listes.rezo.net/mailman/listinfo/sanspap-rennes _________________________________________________________________ MSN Search, le moteur de recherche qui pense comme vous !   http://search.msn.fr