[sanspap-rennes]MIE : CR agence départementale + sentiment personnel

From : dunezat.xavier@... , the 28th September 2012 21:23
  • 2012-09-28 21:23:55 — dunezat.xavier@... - [sanspap-rennes]MIE : CR agence départementale + sentiment personnel

Nous avons donc occupé l’agence départementale du pays de Rennes et, une fois n’est pas coutume, nous avons pu parler à des « responsables ». Des fonctionnaires, pas des élu-e-s.   Nous avons commencé par leur présenter l’objet de notre venue, à savoir la vie que subissent des mineur-e-s isolé-e-s étranger-e-s (MIE) qui, selon nous, sont quasi abandonné-e-s dans des hôtels rennais et notamment l’auberge St Martin.   Les réponses furent les suivantes :   1) Les deux « responsables » rencontré-e-s ont commencé par dire qu’il-elle connaissaient notre littérature sur les MIE. En clair, on leur transmet nos mails sur les MIE et le contenu de notre « exposition » sur les MIE leur a été transmis. Nous avons alors hésité entre un certain soulagement de savoir que nous n’écrivons pas pour rien et un certain découragement puisque cela fait 15 jours que nous avons écrit et la situation ne s’est pas améliorée. 2) Je passe sur le discours habituel de l’afflux de MIE dans le département mais il est toujours bon de rappeler que c’est l’argument prioritaire du CG35. 3) Les « responsables » ont alors dit que nombre de nos écrits souffraient d’inexactitudes. Nous avons demandé quels étaient les points inexacts car nous continuons de défendre un militantisme qui ne ment pas. Mutisme de leur part ou plutôt difficulté visible pour donner des exemples. Cependant, nous avons compris qu’au moins plusieurs points leur posaient problème : * Nous affirmons que ces MIE sont comme abandonné-e-s, au mieux délaissé-e-s : on nous répond que ce n’est pas le cas car le personnel de la mission MIE passe au moins une fois par jour. Eloge a d’ailleurs été fait du travail de ce personnel par ces « responsables ». * Nous affirmons que ces MIE ne sont pas dans un processus de prise en charge en termes de formation et/ou de scolarisation : on nous répond que ce n’est pas le cas mais que les jeunes ne vivent pas toujours dans le même espace-temps que les plus âgé-e-s. En clair, des démarches sont entreprises (on n’a pas dénié nous les préciser ceci dit) mais les MIE en question, compte tenu de leur espace-temps, ne les voient pas.   * Nous affirmons que ces MIE ont été sélectionné-e-s et, suite à cette sélection, relégué-e-s dans des hôtels plus ou moins miteux : on nous répond que ces MIE n’ont pas été sélectionné-e-s mais ont fait l’objet d’une évaluation, notamment sur leur âge, et que le résultat a été ce qu’ils-elles vivent. En particulier, on nous explique à plusieurs reprises combien l’évaluation fait partie du travail social et que toute personne mineure doit passer par cette évaluation.   * Nous affirmons que ces MIE sont parfois « évalué-e-s » par la mission MIE à travers des critères qui posent problème comme le physique : on nous répond que le physique fait partie d’un faisceau d’indices (avec le récit de vie, l’enquête du procureur, etc.) sur lesquels repose l’évaluation. Nous demandons depuis quand le travail social est formé à évaluer le physique des jeunes mais on ne nous répond pas.             * Nous affirmons que ces MIE se retrouvent dans des situations ubuesques lorsque le Procureur les déclare majeur-e-s (verdict aujourd’hui utilisé par le CG35 pour sélectionner les MIE) tandis que le juge des tutelles les déclare mineur-e-s et dit au CG35 de les garder : on ne nous répond pas mais on sent comme un certain agacement vis-à-vis du juge des tutelles. Au point que nous avons dû demander si ces « responsables » mettaient en cause le travail des juges…          4) Ce sont les seules réponses que nous sommes parvenu-e-s à obtenir car, sur le reste, nous avons eu droit à deux types d’attitude.         D’une part, nos deux « responsables » ont su se réfugier dans une espèce de langue de bois répétitive qui ne s’accordait pas toujours avec les questions posées. Par exemple, lorsque nous avons demandé si c’était normal de laisser des jeunes (quel que soit leur âge supposé) dans un hôtel miteux, avec l’obligation de se débrouiller pour faire le ménage, de se faire à manger chaque soir, de se sentir en danger la nuit car laissé-e-s seul-e-s, etc., etc., la réponse de nos deux « responsables » était bloqué sur la répétition suivante : ces jeunes ont fait l’objet d’une évaluation. Evidemment, nous n’avons pas insisté car nous savons que ce genre de scène répétitive révèle un malaise profond de l’interlocuteur-e et, nous, nous ne souhaitons pas faire souffrir les gens.          D’autre part, nos deux « responsables » ont su mettre fin à la discussion lorsque nous les avons interpellé-e-s sur l’information des MIE. Nous leur demandions – tout en connaissant la réponse – si la mission MIE informait les jeunes de leur droit de saisir le juge des tutelles ou encore de leur droit de refuser de se faire toucher les testicules…euh, pardon, de subir des tests médicaux « inhumains et dégradants » (Président du CG35, 2008, en pleine fièvre de gauche). Nos deux « responsables » ont d’abord commencé par nous dire que l’ex-AFTAM se chargeait d’informer les MIE. Nous avons alors dit que nous avions lu que la mission MIE était aussi chargée d’informer les MIE sur leurs droits. Le fait-elle avons-nous demandé, et notamment sur le droit de refuser les tests médicaux ? Et, là, tout s’est arrêté. La directrice nous a dit qu’elle devait maintenant interrompre notre entrevue. Le malaise encore. La fuite en plus.   Au total – mais j’exprime là un sentiment personnel – nous avons eu à faire à des gens qui n’aiment pas ce qu’on leur fait faire.  Des gens formé-e-s à avoir une réponse, même hors sujet, quelle que soit la question mais qui semblent ne pas voir que nous voyons quand la réponse s’éloigne.  Des gens contaminé-e-s par l’idéologie de la discrimination raciste (je pense ici au sale discours tenu sur les tests médicaux et sur le physique des jeunes comme critère d’évaluation légitime).  Des gens visiblement mal à l’aise et qui savent que leur traitement des MIE laissé-e-s à l’hôtel est inadmissible, voire incompréhensible.  Des gens qui vivent des conditions de travail tellement inquiétantes qu’ils n’osent même pas sauver la face et dire tout simplement : « Je sais qu’on me fait faire un boulot dégueulasse ». Des gens capables d’écourter l’entretien quand les questions prennent une tournure qui ne permet plus de se contenter d’une réponse hors sujet.  Des gens qui finissent par faire partie de la grande machine raciste et qui s’en sortent sans doute en se disant qu’ils ne font qu’obéir aux ordres.  Des gens un peu « coupables » ceci dit quand leur discours se met à épouser le vernis de la grande machine alors qu’ils pourraient se taire ou juste répéter : « Je fais ce qu’on me demande ».  Des gens qui cherchent à justifier l’injustifiable et qui, je l’espère, auront l’occasion de se demander comment ils en sont arrivés là car, un jour, on finira bien par se demander comment tous les rouages de la hiérarchie – politique et administrative – du Conseil général 35 ont pu laisser des mômes subir des tests médicaux « forcés » (puisqu’on ne les informe pas de leur droit de les refuser) et des hébergements qui servent de lieu d’abandon (matériel et symbolique).  Des gens à qui je ne parviens pas à en vouloir, compte tenu de la responsabilité des élu-e-s qui ne se salissent pas les mains en se contentant de donner des consignes de travail ignobles. Bref, je crois vraiment qu’il faut aller voir les élu-e-s…