[Coordsanspap-ouest]Communiqué sur la répression contre le Collectif de Rennes

From : dunezat.xavier@... , the 27th September 2017 19:10

Poursuites contre le Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes :  information aux réseaux militants   Le Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes a fait l’objet de poursuites judiciaires à la suite de la manifestation « pour le droit de manifester en centre-ville de Rennes » qu’il a organisée le samedi 11 février 2017.    Cette manifestation s’est déroulée de la manière la plus classique qui soit : sous les yeux des médias, nous étions environ 200 à marcher dans les rues, crier des slogans, porter des banderoles, distribuer des tracts puis la manifestation s’est dissoute à son point d’arrivée.    Le Collectif a été néanmoins poursuivi – à travers trois de nos camarades – pour organisation d’une manifestation illégale, sans doute parce qu’elle a eu lieu au centre-ville de Rennes. En effet, nous avions choisi – comme nous l’avons fait des dizaines de fois depuis la naissance du Collectif (2002) – de ne pas déclarer cette manifestation et d’appeler à manifester en centre-ville. Cette initiative était connue des services de l’Etat puisque son annonce avait fait l’objet de larges diffusions sur les réseaux sociaux et dans des distributions de tracts (dans les deux semaines précédentes). Jusqu’à ce que nos trois camarades soient convoqué-e-s au commissariat, le Collectif n’a jamais reçu – ni avant, ni pendant la manifestation – de menaces de la part des autorités ou de la police.   Ce message vise à informer les réseaux associatifs, syndicaux, politiques de la situation afin que ce qui s’est passé ne passe pas inaperçu. Nous voulons en particulier rappeler le contexte, notamment militant, de cette manifestation et les raisons qui ont poussé le Collectif à appeler à une manifestation non déclarée en centre-ville (1). De même, nous voulons raconter les détails de la manifestation du 11 février (2) et de la procédure qui a suivi (3 et 4).    1) Le contexte    A Rennes, depuis plus d’un an, dans le cadre notamment de la mobilisation contre la loi Travail de 2016, les autorités préfectorales ont interdit l’accès au centre-ville pour manifester. Cette interdiction a pris la forme d’une interdiction formelle de manifester en centre-ville lorsque les manifestations étaient déclarées et/ou de dispositifs policiers imposants lorsque les manifestations n’étaient pas déclarées.   Les luttes en faveur des migrant-e-s et des sans-papiers ont aussi subi ces interdictions de manifester en centre-ville à plusieurs reprises. En particulier, aucune manifestation mensuelle en faveur des habitant-e-s du squat de la Poterie – qui réclamait des papiers et des logements pour ces habitant-e-s – n’a pu manifester en centre-ville alors que chaque manifestation était déclarée et appelée par plus de 30 organisations rennaises. De novembre 2016 à janvier 2017, la préfecture a imposé des parcours alternatifs au centre-ville, notamment dans des rues désertes. Autrement dit, le centre-ville est devenu inaccessible aux sans-papiers et à leurs soutiens pour exprimer collectivement leur résistance et exister.   C’est pourquoi, le samedi 11 février dernier, le Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes a appelé à une manifestation « pour le droit de manifester » en centre-ville de Rennes (voir tract en fichier joint pour rappel). Nous n’avons pas déclaré cette manifestation à la préfecture mais, pour l’annoncer, nous avons distribué pendant deux semaines des tracts dans toute la ville et nous avons diffusé l’information sur les réseaux sociaux. Autrement dit, les autorités préfectorales ne pouvaient qu’être au courant de cette initiative et elles n’ont jamais cherché à nous contacter.    Dans le tract d’appel, nous précisions les modalités de la manifestation : « La manifestation ira place Ste Anne puis place Hoche puis place du Parlement. Elle distribuera des tracts, portera des banderoles, criera des slogans dans un mégaphone. Et c’est tout. ». Nous annoncions aussi que, si les autorités nous empêchaient de manifester, nous lancerions une campagne d’occupations pour retrouver le droit de manifester en centre-ville, droit que notre Collectif a largement utilisé, avec ou – le plus souvent – sans déclaration préalable aux autorités, depuis sa naissance (2002).   2) Que s’est-il passé le samedi 11 février ?   Comme annoncé dans le tract d’appel, nous nous sommes retrouvé-e-s place de la mairie à 15 h et nous étions environ 200. Trois camions de police étaient présents, ce qui révélait que la préfecture était bel et bien au courant de notre intention de manifester. Un policier des ex-renseignements généraux est venu nous voir pour nous demander le parcours puis il est reparti. Il n’a rien dit sur une éventuelle interdiction de manifester. Ce fut notre seul contact direct avec la police ce jour-là.   Avant le départ du cortège, le Collectif a pris la parole pour expliquer l’objet de la manifestation et en rappeler clairement les modalités. Nous avons notamment redit que, si la police nous empêchait de manifester, nous disperserions la manifestation sans opposer de résistance physique.   La manifestation a démarré à 15 h 30 et s’est terminée vers 16 h en respectant le parcours et les modalités annoncés dans le tract d’appel. Plusieurs médias étaient présents et cette manifestation a fait l’objet d’une ouverture du journal télévisé de l’édition régionale de France 3 le soir même. Tout au long de la manifestation, la présence policière est restée discrète et, à 16 h, les gens se sont dispersé-e-s.   3) Mais une procédure judiciaire a été engagée contre trois membres du Collectif pour organisation d’une manifestation illégale   En mars, trois personnes du Collectif – dont deux avaient parlé aux médias ou au mégaphone – ont été convoquées au commissariat de police, avec menace de garde à vue si elles ne répondaient pas à la convocation. Alors qu’il s’agissait d’une convocation dite « libre », elles ont tout de même été toutes trois photographiées et leurs empreintes digitales ont été récoltées. Elles ont subi un interrogatoire de 2 à 3 heures chacune, au cours duquel elles ont répondu aux questions (sauf à celles qui les incitaient à dénoncer d’autres personnes) et ont mis en avant que le Collectif avait organisé collectivement cette manifestation, en assemblée générale et en prenant ses décisions, comme d’habitude, au consensus.   A la suite de ces convocations, la police a dit aux trois personnes qu’elle allait transmettre son rapport au procureur et qu’il déciderait des suites. Pendant plusieurs mois, cette affaire est restée sans nouvelles et nous étions plusieurs à penser qu’elle avait été classée sans suite, ce qui nous paraissait logique étant donné la (non) « gravité des faits ». Mais…   4) Un rappel à la loi a été prononcé   Début juillet, nos trois camarades ont été rappelé-e-s par la police qui leur a dit de venir chercher, au commissariat, une convocation pour se rendre chez le délégué du procureur le 12 septembre 2017. La convocation évoquait une « composition pénale », dont vous trouverez la description précise là :  https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1461   La composition pénale est une alternative au procès qui suppose la reconnaissance des faits et l’acceptation des sanctions. Il était hors de question pour nos trois camarades de reconnaître les faits.   Le Collectif a alors payé un avocat, notamment pour accéder au dossier. Nous avons alors appris qu’il s’agissait en fait d’un simple rappel à la loi et non d’une composition pénale.   Nos trois camarades ont décidé, après concertation au sein du Collectif, de se rendre à la convocation pour le rappel à la loi, sous la condition de ne pas avoir à reconnaître les faits. Lors de la rencontre avec le délégué du procureur, le 12 septembre, ce dernier a voulu leur faire signer un papier stipulant qu’ils reconnaissaient les faits mais l’intervention de l’avocat a mis un terme à tout risque.   Il y a bien eu rappel à la loi mais sans reconnaissance des faits. Des poursuites judiciaires plus graves peuvent dorénavant être engagées contre nos camarades en cas de récidive ou d’autre délit. Le rappel à la loi n’empêche d’ailleurs même pas des poursuites futures dans la même affaire.   Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes – sp35.org Réunion ouverte chaque mardi à 18 h 45 à la MIR, 7 quai Chateaubriand (métro République)