[zpajol] Un mensonge de vingt ans

From : ftcr@... , the 30th avril 2001 00:53
  • 2001-04-30 00:53:29 — ftcr@... - [zpajol] Un mensonge de vingt ans

Article paru dans ROUGE (Journal de la LCR) daté du 26 avril 2001 Un mensonge de vingt ans Nabil Azouz Né en 1959 en Tunisie, Nabil Azouz est l'un des principaux responsables de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR). Porte-parole du collectif "Un résident, une voix", il anime la campagne pour le droit de vote aux immigrés. Les collectifs pour le droit de vote organisent le 3 mai un rassemblement devant le Sénat (à 18h30) et les mairies, pour la journée de la citoyenneté. Le 3 mai 2000, les parlementaires ont voté une proposition de loi accordant le droit de vote aux immigrés aux élections municipales. Cette loi a été vite expédiée au Sénat, qui la bloque toujours. Aucun membre du gouvernement ne s'est élevé contre cette mascarade, et Lionel Jospin n'a rien dit contre cette injustice. Il avait pourtant le pouvoir d'imposer cette proposition à l'ordre du jour du Sénat ou de la reprendre comme projet de loi. Mais il a toujours affirmé qu'il ne prendrait pas le risque d'une quelconque confrontation avec le président de la République, hostile au droit de vote des résidents non-communautaires. Son message est clair: aidez-moi d'abord à accéder à la plus haute charge de la République, on verra ensuite. Pourtant, il n'a pas hésité à croiser le fer avec Jacques Chirac afin d'inverser le calendrier électoral, et il s'est personnellement investi lors du dernier référendum sur le quinquennat. Mais dès qu'il s'agit d'accorder des droits aux immigrés, la majorité des hommes politiques manient le double langage et font preuve de manque de courage. Pourtant, la dernière percée électorale des Verts, des listes "Motivé-e-s", de Lutte ouvrière et de la Ligue communiste révolutionnaire est due entre autres au courage de ces derniers à défendre clairement les revendications citoyennes (droit de vote pour les immigrés, lutte contre les discriminations, injustices de la justice face aux jeunes des "banlieues", régularisation de tous les sans-papiers, résistance face à la mondialisation et au libéralisme sauvage...). Des décisions vont engager l'avenir de toutes les villes et encore une fois, les immigrés n'auront que le droit de garder le silence. Leurs enfants, souvent français, ne comprennent pas cette discrimination politique à l'égard de leurs parents. Ils exprimeront cette "hogra" (mot arabe souvent utilisé par les jeunes et qui signifie mépris) par tous les moyens. Il n'y aura pas de paix sans justice. Supposons que la proposition de loi accordant le droit de vote aux résidents non-communautaires soit entrée en application en mars 2001: il y aurait eu de fait trois catégories de citoyens. Les nationaux qui ont le droit de vote à tous les niveaux, les résidents communautaires qui ont le droit de vote aux élections municipales et européennes et les résidents non-communautaires, qui n'ont le droit de vote qu'aux seules élections municipales. Certains diront, à juste titre: à quoi sert-il de remédier à une discrimination pour en créer une autre? S'il est aujourd'hui impossible de poser la question du droit de vote des résidents étrangers à toutes les élections sans soulever l'ire des "Talibans de la République", adeptes de la pensée unique, qu'ils acceptent au moins que l'on revendique l'égalité entre tous les résidents étrangers vivant en France. Nous ne réclamons pas de faveur. Nous réclamons le droit de vivre dans un pays véritablement démocratique. Certains pays européens accordent déjà le droit de vote à leurs résidents non-communautaires aux élections locales (Irlande, Suède, Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni, mais également l'Espagne et le Portugal sous certaines conditions). La Grande-Bretagne accorde le droit de vote à ses "citoyens du Commonwealth" à toutes les élections: au Parlement anglais, il y a aujourd'hui neufs députés de nationalités indienne et pakistanaise. Cette ouverture des droits politiques aux étrangers est devenue une banalité dans ces pays. Ils n'ont connu aucun bouleversement et ne sont pas devenus pour autant des repères de l'intégrisme. Dans ces pays qui accordent le droit de vote aux résidents non-communautaires, l'extrême droite est plus faible qu'en France, en Allemagne ou en Autriche, pays qui refusent que la citoyenneté soit basée sur la résidence et non sur la nationalité. Le principe premier d'une démocratie est le droit de chaque être humain de participer aux décisions le concernant. L'immense majorité des immigrés vit durablement en France. Pour la plupart, ils y finiront leur vie. Les décisions politiques locales ou nationales ont des conséquences concrètes sur leur vie et sur celle de leurs enfants. Ils doivent en conséquence avoir le droit de peser sur ces décisions au même titre que leurs concitoyens français. La démocratie ne se limite pas au pouvoir de la majorité mais elle inclut également la défense des droits des minorités. L'exclusion politique d'une partie des habitants d'un pays la désigne comme bouc émissaire potentiel pour les manipulateurs de la peur. Les racistes ont toujours utilisé la mise à l'écart politique des étrangers pour développer leurs discours démagogiques. L'intégration des étrangers dans le corps politique supprimera une partie non négligeable des appuis des idéologies fascisantes. Nationalité et citoyenneté correspondent à deux réalités différentes. La nationalité est un lien institutionnel et juridique. La citoyenneté est un lien politique qui relie l'ensemble des concitoyens d'un même pays; à ce titre elle est présente dans chacun des actes qui font la vie d'une commune, d'un département, d'une région, d'un pays. Elle doit en conséquence inclure l'ensemble des habitants. Le droit de vote ne réglera pas l'ensemble des problèmes sociaux vécus par cette partie de la population, mais il limitera les récupérations politiciennes des questions posées par l'immigration. Ce droit évitera les divisions entre des citoyens ayant en réalité des intérêts convergents, et renforcera la capacité de l'immigration à faire valoir ses autres droits aujourd'hui non reconnus: droit à la stabilité du séjour, régularisation des sans-papiers, droits à une naturalisation automatique, accès à l'emploi, au logement, à la santé, aux loisirs... C'est pour dire stop à cette "fracture citoyenne", à ces promesses non tenues et à ces mensonges qui durent depuis plus de vingt ans que nous irons manifester le 3 mai 2001 à Paris devant le Sénat, et en province devant les mairies et les préfectures. Nabil Azouz - FTCR: 70, rue de la Fraternité, 93170 Bagnolet; tél.: 01 49 88 16 34; fax: 01 49 88 16 35; e-mail: . _____________________________________________ ZPAJOL liste sur les mouvements de sans papiers * abonnement : envoyer a zpajol-request@... un message dont le Subject: est subscribe * desabonnement : envoyer a zpajol-request@... un message dont le Subject: est unsubscribe mot_de_passe (votre mot de passe vous est envoye par mail quand vous vous abonnez) * messages recents, archives, abonnement/desabonnement via le web a http://atlas.bok.net/zpajol/